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Par Kim Ives
Lors
d’un vote le 30 août, le sénat haïtien a approuvé la nomination
de Godson Orélus comme nouveau Directeur Général de la Police
Nationale d’Haïti (PNH). Il est maintenant à la tête de la seule
force publique armée en Haïti composée de presque 11.000 agents.
Le vote n’était
pas tout à fait une surprise. Déjà, le Sénateur Francky Exius,
président de la commission de justice et de sécurité chargé
d’étudier les 19 documents qu’Orélus a soumis pour confirmation,
déclarait à AlterPresse que l’ancien chef de la Direction
Centrale de la Police Judiciaire (DCPJ) est « moralement bien
présenté » et qu’il « aura la bénédiction du sénat ».
« Ce n'est
pas un dossier qu'on peut laisser traîner » a affirmé Exius,
prévoyant que le sénat pourrait « aller très vite ».
Mais la «
bonne... santé morale » affichée par Exius est démentie par
des témoignages récoltés d’un ancien fonctionnaire haut placé de
la police cités dans
un long article sur Haïti Liberté paru il y a deux
semaines (Vol. 6, No. 5, du 15 au 21 Août 2012).
« Godson
Orélus jouit du support du secteur du trafic de la drogue, des
gens comme la famille Saint-Rémy [la Première Dame d'Haïti
Sophia Martelly], et d'anciens sénateurs comme Youri Latortue et
Joseph Lambert, qui sont maintenant proches conseillers de
Martelly », a déclaré notre ancien responsable de la police
hautement placé avant le remplacement de Mario Andrésol comme
chef de la PNH le 15 août. « Ils mettent beaucoup de pression
sur Martelly pour nommer Orélus comme le prochain chef de la
police ».
Comme nous
l’avons rapporté dans notre édition précédente, après le putsch
de 2004, Orélus avait été nommé directeur de la police du
département du Sud par le chef de la PNH d’alors, Léon Charles.
« Il avait deux missions », a expliqué notre source. «
La première consistait à pourchasser, neutraliser, et terroriser
tous les militants Lavalas, tous les partisans d'Aristide. La
seconde était d'assurer la livraison sans problème de la drogue
en provenance de l’Amérique du Sud. Godson a effectué les deux
missions, si bien que les types de la DEA ont demandé au
gouvernement de Latortue de transférer Orélus parce qu'ils se
rendaient compte qu’il ne contribuait pas à combattre le trafic
de drogue dans le département du Sud. Donc Orélus fut transféré
pour devenir le directeur de la PNH de l'Artibonite, où il
devint l’homme de main du sénateur Youri Latortue [de
l'Artibonite] ainsi que de la famille Saint-Rémy originaire des
Gonaïves ».
Notre source a
indiqué également que « Orélus a payé au sénateur Joseph
Lambert une grande quantité d'argent pour qu’il soit son homme
au Sénat ». Les mandats des sénateurs Lambert et Latortue
ont expiré en mai.
En fait, Orélus
représente l’aile plus « macoutique » du régime,
impliquée dans le trafic de la drogue, représentée par la
famille Saint-Rémy (principalement le beau-frère de Martelly,
Kiko St. Rémy), Youri Latortue, Joseph Lambert, et les frères
Mayard-Paul, Thierry et Grégory, aujourd’hui les deux
conseillers présidentiels.
Notre ancien
fonctionnaire de haut rang de la police a résumé ainsi la lutte
entre les secteurs « bourgeois » et « macoute » du
régime : « Fondamentalement, nous assistons à une lutte entre
le secteur de l’industrie de sous-traitance /
télécommunications, dirigé par le premier ministre Laurent
Lamothe, en faveur d’Andrésol, et le secteur des drogues, dirigé
par Sofia, en faveur d’Orélus ».
Parmi les 18 sénateurs à la
session, c’est seulement le sénateur Moïse Jean-Charles qui n’a
pas voté en forme de protestation. Les autres 17 ont approuvé
Orélus.
« Je lui ai demandé comment il combattrait le
réseau de drogues au niveau du Palais National », nous a dit
le Sén. Jean-Charles. « Je lui ai demandé comment il ira
récupérer la quantité d’armes que Martelly avait distribuées à
beaucoup d’anciens militaires à travers le pays. Je lui ai
demandé comment il va résoudre le problème
d’infiltration de la police par une série de gangsters
hors-la-loi proposés par Martelly qu'on a déjà expulsé de la
PNH. Mais il n’a pas pu répondre à
ces questions » a conclu le sénateur. |