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Par Isabelle L. Papillon
A
l’exception de l’Exécutif haïtien et de la Communauté
Internationale, tous les autres secteurs du pays sont en faveur
de la formation d’un Conseil Electoral Provisoire selon le vœu
de l’article 289 de la Constitution amendée pour la réalisation
des élections législatives partielles et des Collectivités
Territoriales. Les démarches enclenchées par le président Michel
Joseph Martelly auprès des deux (2) autres pouvoirs (Législatif
et Judiciaire) ont provoqué la division et sont entachées de
magouilles.
En effet, au niveau du Judiciaire, les choix du
président du Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire (CSPJ), Me.
Anel Alexis Joseph, supportés par seulement trois de ses collègues, sont
manifestement contestés par la majorité et ont provoqué la
dissidence au sein du CSPJ.
Face au conflit qui oppose les membres de cette
nouvelle institution, les représentants de la Fédération des
Barreaux d’Haïti, Me. Néhémie Joseph et des Droits Humains, Me.
Dilia Lemaire ont formellement remis leur démission. Après avoir
reçu une lettre de la Fédération des Barreaux d’Haïti, Me.
Néhémie Joseph a déclaré : « Je me retire du CSPJ. » Tandis que
Me. Dilia Lemaire a adressé une correspondance au secteur qui
l’a envoyée pour lui faire savoir qu’elle ne fait plus partie du
CSPJ. Dans sa lettre adressée au secteur des droits humains, Me
Lemaire explique « Nous devons constater que le CSPJ, avec sa
présidence actuelle, n’est pas l’organe qui rendra au Pouvoir
judiciaire l’indépendance totale prescrite par la Constitution.
Ce mois de travail au sein du CSPJ, pour lequel vous m’avez
désignée, me pousse à croire que notre fonctionnement dépendra
de la volonté de l’Exécutif. Comme juriste, membre
d’institutions de défense des droits humains, respectueuse de la
loi et de la procédure, ma place n’est pas au sein de ce
Conseil».
La démission des deux (2) membres du CSPJ a provoqué
des réactions de la part des institutions qui les ont mandatés.
Le président de la Fédération des Barreaux d’Haïti, Me. Carlos
Hercule qui a critiqué la soumission aveugle du président du
CSPJ au diktat du président Martelly a déclaré :
« Aujourd’hui, c’est le président de la Cour de Cassation qui,
lui-même, est le premier violateur de la loi Créant le CSPJ. »
Pierre Espérance, Directeur Exécutif du Réseau National de
Défense des Droits Humains (RNDDH), a confirmé que le secteur
des droits humains avait bien reçu la correspondance de Me Dilia
Lemaire, mais que la base ne s’était pas encore prononcée sur
cette démission. « Nous allons réagir sur sa lettre au cours
d’une réunion, que nous aurons avec elle, la semaine prochaine »
ajoutant « Cette démission ne nous surprend pas. Me Lemaire, que
le secteur a désignée au CSPJ, c’est quelqu’un qui respecte la
loi. Elle ne saurait être confortable pour fonctionner avec des
gens qui violent leur propre loi. Le Président du CSPJ avait la
chance de se ressaisir, mais il ne l’a pas fait »
Au niveau du Parlement, la question de la formation
d’un Conseil Electoral Permanent serait définitivement close,
malgré l’ultimatum lancé par le président Martelly au président
des deux (2) chambres. Dans une lettre datée du mercredi 8 Août
2012, le président Martelly a indiqué :
« conformément aux articles 136 et 192 de la Constitution
amendée de 1987, les pouvoirs exécutif et judiciaire ont déjà
désigné respectivement les noms de leurs membres devant composer
ladite structure électorale. Le président Martelly enjoint le
pouvoir législatif à procéder le plus vite au choix de ses
représentants pour faciliter le démarrage du processus électoral
devant aboutir au renouvellement du tiers du Sénat et des
Collectivités Territoriales. »
Entre-temps, le ministre de la Communication du
gouvernement Martelly-Lamothe, Addy Jean Gardy, n’est pas sur la
même longueur d’ondes que le porte-parole de la présidence,
Lucien Jura sur ce dossier. Jeudi dernier, Lucien Jura avait
averti que le pouvoir exécutif est prêt à mettre en place le
Conseil Electoral Permanent sans les représentants de
l’Assemblée Nationale dans un délai de huit (8) jours. Ce lundi
13 Août, sur les ondes d’une station de la capitale, le ministre
Jean-Gardy a informé que son gouvernement aurait privilégié la
voie de la sagesse, le dialogue, pour la mise en place d’une
structure électorale devant réaliser les élections dans un délai
raisonnable.
L’ultimatum du président intervient au moment où
deux (2) groupes de parlementaires, un groupe d’une quarantaine
de députés et un autre de 12 sénateurs s’opposent à la formation
d’un Conseil Electoral Permanent. Ce groupe de députés a déjà
écrit une lettre au président de la Chambre des députés,
Levaillant Louis-Jeune pour lui demander de surseoir aux
démarches entreprises en vue de mettre sur pied une telle
structure électorale. Levaillant Louis-Jeune a répondu en se
rétractant, il encourage le président Martelly à privilégier la
voie du dialogue en évitant d’enclencher le processus électoral
avec un CEP illégitime, générateur de crise et il réclame du
même coup la démission du président du CSPJ, Me. Anel Alexis
Joseph qui se trouve au centre des magouilles dans le choix des
3 membres d’un prétendu CEP.
Le député de la 3e circonscription de
Port-au-Prince, Belange Jean-Baptiste, élu sous la bannière du
président Martelly, le parti politique Repons Paysan, proche du
président Martelly a réagi en ces termes :
« Le président sait bien qu’il ne peut pas imposer un délai de
huit jours au Parlement pour choisir ses trois (3) membres
devant le représenter au Conseil Electoral Permanent. Le
Parlement est une institution, nous rejetons cet ultimatum d’un
revers de main. La nation va porter un grand fardeau, si nous
acceptons un tel CEP, car nous prévoyons déjà des signes qui
indiquent comment ils veulent poser leurs mains comme d’habitude
sur le Conseil électoral ou son personnel pour organiser des
élections comme bon leur semble. Je prends un recul concernant
ce CEP, je suis d’avis d’un Conseil Electoral Provisoire
d’abord, Permanent ensuite».
Le sénateur Steven Irvenson Benoit, quant à lui, a
adressé une lettre ouverte au président Martelly et il l’a tenu
pour responsable de la situation confuse qui est en train de se
développer dans le cadre de la formation d’un CEP. Pour résoudre
ce problème qui risque d’enfoncer le pays beaucoup plus dans
un labyrinthe de crise politique, il propose le dialogue entre
tous les secteurs de la vie nationale. «Aujourd’hui
nous voici face au défi de la formation d’un Conseil électoral
qui donne lieu à une intense controverse et crée des frictions
entre les trois pouvoirs. Si nous ne faisons pas très attention,
ce Conseil électoral risque de ne jamais voir le jour et le pays
pourrait retomber dans une crise politique. En effet, au sein du
CSPJ règne un conflit d’importance et le comportement du
Président de cette institution en qui la nation est censée
placer son ultime confiance est peu rassurant; il semble même
attiser davantage les dissensions internes (et externes). Le
CSPJ doit se ressaisir et recouvrer sa dignité et la confiance
de la nation, même au prix de grands sacrifices.
Au Sénat, il est jusqu’à ce jour impossible de réunir au complet
les 20 membres y siégeant actuellement. Il est encore plus
difficile d’obtenir la majorité des deux tiers qui permettrait
que soient désignés les trois représentants de l’Assemblée
nationale au Conseil Electoral Permanent. Rappelons-nous que,
comme le Président du CSPJ, le Président du Sénat ne peut voter
que pour départager un vote dans l’impasse. Or, douze Sénateurs
et trente-six Députés se sont déjà déclarés ouvertement hostiles
à la formation d’un Conseil électoral permanent et exigent que
ce soit de préférence un Conseil provisoire de consensus qui
organise les prochaines élections. »
Le mardi 7 Août 2012, le ministre de la Justice, Me
Jean Renel Sanon a installé l’ex-agent municipal de
Port-au-Prince, Gabrielle Yacinthe à la tête de l’organisme
électoral, comme directrice d’un éventuel Conseil Electoral
Permanent. Alors qu’une telle institution n’existe même pas. Ce
qui pousse le sénateur Benoit à qualifier de provocation
l’installation de la nouvelle patronne du CEP. Selon le sénateur
Benoit, l’Exécutif aurait dû attendre la formation du Conseil
avant d’entreprendre une telle démarche : « Personnellement
j’étais et je suis encore, en faveur de la mise en place d’un
Conseil Électoral Permanent. Étant donné qu’une majorité de mes
collègues avait voté les amendements, considérant que la
majorité des Parlementaires avait demandé la publication de la
loi mère amendée, je m’étais plié à la volonté du vote
majoritaire comme tout bon démocrate. Par respect pour ce vote
et pour les prescrits de la Constitution amendée, il n’y avait
pour moi d’autre voie que d’aller jusqu’au bout des décisions
prises et former un Conseil Électoral Permanent. Cependant,
tenant compte de la situation qui prévaut au sein du CSPJ et des
réactions qu’elle ne cesse de susciter, considérant la crise qui
se profile au Parlement si les diverses positions exprimées ne
peuvent être conciliées, je ne peux que souhaiter un dialogue
entre l’Exécutif, le Parlement, le CSPJ, les partis politiques
et la société civile en vue de trouver un compromis. Ceci
éviterait des contestations inutiles, néfastes au bon
fonctionnement du gouvernement et de l’Etat haïtien en général.
De même, Il serait fort sage que vous reveniez sur l’arrêté
nommant une Directrice générale au Conseil électoral, avant même
que celui-ci soit constitué. Il reviendra aux Conseillers
eux-mêmes de se choisir un Directeur général, tout comme cela se
fait dans les autres institutions indépendantes que sont la Cour
supérieure des comptes et du contentieux administratif,
l’Université d’Etat d’Haïti, l’Office du protecteur du citoyen.
» a-t-il indiqué.
Certains qualifient le Conseil Electoral, s’il n’est
pas provisoire, d’un Conseil Electoral personnel ou
présidentiel, mais il ne sera jamais permanent. C’est l’avis du
sénateur du Nord, Wesner Polycarpe. Il considère la mise en
place d’un Conseil Electoral Provisoire comme seul issue
possible. C’est la seule manière de ne pas constituer un
« Conseil Electoral Présidentiel », où tous les membres seraient
sous le contrôle du président Martelly et contre le secteur
politique majoritaire.
« Nous proposons la formation d’un Conseil électoral provisoire
de consensus. Quelle que soit la façon, dont on abordera la
question, le Conseil Electoral Permanent, prôné par la
constitution amendée ne pourra pas s’établir. Il faut qu’il soit
Constitué en Conseil Electoral Provisoire de toute manière. »
a-t-il encouragé.
De toute évidence, l’instauration d’un Conseil
Electoral Permanent, comme le veut la Communauté Internationale,
avec des personnes choisies sur mesure, selon la volonté du
président Martelly ne conduira le pays qu’à des élections
truquées et une crise poste-électorale. Face à cette situation,
la mobilisation populaire doit se faire sentir comme a indiqué
le sénateur Moïse Jean-Charles, pour contrecarrer tout projet
anti-démocratique et anti-peuple. |