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Par Isabelle L. Papillon
La mauvaise gouvernance, le mépris des lois de la république, la
propension à vassaliser les autres
pouvoirs et les institutions
républicaines et une absence d’esprit
de compromis de la part du régime d’extrême droite réincarné par
Michel
Joseph Martelly et Laurent Salvador Lamothe avec le
support de la Communauté Internationale
ont plongé le pays depuis des mois dans une crise politique.
Cette crise s’envenime de jour en jour depuis l’installation
du prétendu « Conseil Electoral Permanent » de six (6) membres
au local dudit Conseil, sis à Pétion-ville ; alors que la
constitution ne reconnait que
neuf (9) membres. Le
pouvoir législatif dont le Sénat
amputé d’un tiers (1/3) se trouve dans l’impossibilité
matérielle totale de désigner ses membres au CEP. Il était
devenu impossible de former un
Conseil Electoral Permanent selon le vœu de la constitution de
1987 amendée.
Depuis
quelques mois des pourparlers ont été engagés entre le pouvoir
exécutif et le pouvoir législatif avec la médiation des
religions pour la
paix recherchant une
formule devant déboucher sur la
formation d’un Conseil Electoral. Finalement un accord a été
signé entre les deux parties, le
24 décembre dernier, reconnaissant la formation d’un
organe chargé de gérer
provisoirement le Conseil Electoral Permanent, dénommé « Collège
Transitoire du Conseil Electoral
Permanent. » Cette formule n’entre pas dans la lettre et
l’esprit de la constitution haïtienne qui reconnait deux types
de Conseil électoral : provisoire et permanent.
La
classe politique traditionnelle, dont certain
partis ont des représentants au
Parlement, ne donne pas son adhésion à cet accord de désaccord
pour certains ou accord mort-né pour d’autres. Et, pour les
représentants du mouvement populaire haïtien, le peuple a déjà
conclu son accord qui n’est autre que le départ de Martelly à la
tête du pays. Alors, que dit cet accord ?
Il est signé par cinq (5) représentants du Parlement, les
sénateurs, Jean William Jeanty, Jocelerme Privert, François
Lucas Sainvil et les députés, Wikens Dérilus, Guerda
Bellevue Benjamin ; un
conseiller du président Michel Martelly, Grégory Mayard-Paul, ne
faisant pas partie de la commission
présidentielle engagée dans la discussion; et un membre des
Religions pour la Paix Haïti,
Mgr, Pierre André Dumas. «Article
1- Il sera formé un organe chargé de gérer provisoirement
le Conseil Electoral Permanent en vue d’organiser les prochaines
élections.
Article 2- Sa dénomination est : Collège Transitoire du
Conseil Electoral Permanent. Il est composé de neuf membres dont
trois (3) sont désignés par le Pouvoir Législatif, trois (3) par
le Pouvoir Exécutif et trois (3) par le Conseil Supérieur du
Pouvoir Judiciaire.
Article 3- Le mandat du Collège Transitoire du Conseil
Electoral Permanent prend fin à la
proclamation des résultats définitifs des prochaines
élections.
Article 4- Dans le cadre
de cet accord, le Pouvoir Exécutif, si les circonstances
l’exigent, pourra obtenir le retrait d’un ou de la totalité de
ses représentants déjà désignés et installés au Conseil
Electoral Permanent.
Article 5- La Plateforme Religions pour la Paix Haïti
conduira, avec le concours des Pouvoirs Exécutif et Législatif,
les pourparlers nécessaires devant permettre au Conseil
Supérieur du Pouvoir Judiciaire de résoudre le problème lié à la
désignation de ses représentants au sein de l’institution
électorale.
Article 6- Le Pouvoir Législatif s’engage, une
fois l’accord signé, à tenir
l’Assemblée Nationale extraordinaire restée pendante, aux fins
d’entamer le processus de désignation de ses représentants au
Collège Transitoire selon la procédure adoptée par le Parlement.
Article 7- Il sera maintenu entre les parties un dialogue
permanent en vue de s’assurer du suivi dudit protocole qui prend
effet dès sa signature et engage la responsabilité des parties.»
Au niveau du parlement, les deux (2) blocs
parlementaires, majoritaire ou minoritaire de la Chambre des
députés rejettent d’un revers de main cet accord. Le président
du bloc majoritaire, dénommé : « Parlementaires pour la
Stabilité et le Progrès alias Palmantè sou Pewòl Palè
nasyonal (PSP), proche du gouvernement kaletèt, Martelly-Lamothe,
Jean Tolbert Alexis a fait savoir que : « La proposition des
sénateurs n’engage pas la Chambre des députés, encore moins le
PSP. Le pouvoir des parlementaires ne pourrait pas être délégué.
Nous n’allons pas choisir à partir des propositions de la
société civile. »
Dans
la foulée, l’un des postes-paroles de ce bloc, Abel Descolines,
de son côté, affirme que la situation est préoccupante,
puisqu’aucun programme social n’a été annoncé par le
gouvernement, à l’occasion des fêtes de fin d’année. Il a
rappelé que tous les gouvernements antérieurs avaient réalisé
des programmes sociaux pour les couches vulnérables de la
population durant la période de fin
d’année.
Du
côté du bloc minoritaire, Parlementaires pour le Respect
Institutionnel (PRI), la signature de cet accord ne contribue
pas à l’avancement vers la résolution de la crise. Le président
de la Chambre des députés, Levaillant Louis-Jeune refuse
d’avaliser cet accord et il appelle à la classe politique à se
mobiliser pour faire échec à ce projet néfaste contre les
intérêts supérieurs de la nation. « Ce protocole d’accord est
un non-accord. La réalisation des élections n’est pas dans
l’agenda du président Martelly. Son objectif est de rendre caduc
le Parlement pour pouvoir arriver à gouverner par décrets. Avec
la signature d’un tel document, nous avons fait des pas en
arrière », a-t-il déclaré. Pour l’ex-président de la Chambre
basse, Sorel Jacinthe, c’est un accord mort-né, c’est un tract
parce qu’il a été signé par des personnes n’ayant aucune qualité
pour engager les institutions républicaines. Selon lui, cet
accord est vicié tant dans la forme que dans le fond. Il n’a pas
respecté les principes administratifs.
Le sénateur Moïse Jean-Charles considère cet accord comme un
piège, le point de départ d’une mascarade électorale. Il s’agit
d’un chèque en blanc signé au président Martelly, pour lui
permettre de prendre le contrôle total du CEP. Il appelle à des
actions concertées pour mettre en échec cet accord. Opinion
partagée par des dirigeants des organisations du mouvement
populaire haïtien, qui déclarent de leur côté : « Le peuple
haïtien a déjà conclu son accord autour du départ de Michel
Joseph Martelly à la tête du
pays. »
Des dirigeants des partis politiques abondent dans le même sens,
puisque l’accord du 24 décembre s’oppose à celui du premier
janvier qui exige le départ du régime kaletèt de Martelly-Lamothe.
L’un des responsables du directoire de la plate-forme politique
INITE, Paul Denis, complice de toutes les manœuvres contre
Lavalas, a fait savoir que cet accord ne donne aucune garantie
sur la crédibilité du processus électoral. « Cet accord est
plein de désaccord. Le problème, ce n’est pas le nom de
l’institution électorale, mais sa crédibilité qui est mise en
cause», a-t-il affirmé.
L’accord conclu entre des parlementaires et le pouvoir exécutif
devant déboucher sur la formation éventuelle d’un organe chargé
d’organiser des élections, est un cadeau empoisonné de fin
d’année. Des interrogations restent toujours pendantes à savoir,
qu’est-ce qui va se passer avec les six (6) membres du Conseil
Electoral dit Permanent, installés au CEP ? Quid des six (6)
représentants fantoches du Conseil Supérieur du Pouvoir
Judiciaire (CSPJ) ? Et que dire du président dudit Conseil, Me.
Josué Pierre-Louis accusé de viol sur sa subalterne, Marie
Danielle Bernadin ? Comment un tel CEP peut-il être crédible
avec un présumé violeur à sa
tête ?
L’article 4 dudit accord ne donne aucune garantie que l’Exécutif
compte faire le retrait de ses représentants au Conseil. Au
Parlement, c’est la confusion totale sur la modalité adoptée
pour faciliter la désignation de ses représentants au CEP. Les
députés protestent contre la formule proposée par des sénateurs
qui ne cessent d’enfoncer le pays dans des crises, après celle
découlant des amendements de la constitution de 1987. De
toute façon, on attend l’ouverture de la première session
ordinaire de l’année 2013 de la présente législature, qui aura
lieu le lundi 14 janvier 2013 pour assister à d’autres épisodes
sur la scène politique haïtienne. Entre-temps, un appel à une
manifestation anti-Martelly est lancée pour la mardi premier
janvier 2013 par des organisations populaires, tant aux Gonaïves
qu’à Port-au-Prince, où le rendez-vous est fixé à 9 heures du
matin devant l’Eglise de Saint-Jean Bosco, au Boulevard
Jean-Jacques Dessalines, pour exiger le départ de Michel Joseph
Martelly.
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