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Par Mona Péralte
Le
mercredi 17 Octobre dernier ramenait le 206e anniversaire de
l’assassinat du père de la Nation haïtienne, Jean-Jacques Duclos
Dessalines, surnommé Lanperè. Dessalines qui proclama
l’Indépendance d’Haïti le premier Janvier 1804 aux Gonaïves, fut
assassiné 22 mois plus tard à Port-au-Prince, suite à une
tournée dans le Sud du pays relative à une vérification générale
des titres de propriété qui attira la haine de la nouvelle
classe possédante conduisant au parricide.
Pour commémorer
ce 206e anniversaire cette année, une fois de plus sous
l’occupation des forces étrangères, diverses activités ont été
réalisées tant à la capitale que dans des villes de provinces, à
un moment où les occupants se montrent plus agressifs. Au Pont-Rouge, le président Martelly, drôlement habillé pour cette
circonstance solennelle comme pour montrer le peu d’intérêt à ce
moment a fini malgré lui à déposer une gerbe de fleurs au pied
du monument de Dessalines, sous de vives protestations de la
population du quartier populaire de La Saline et de ses
environs. Des protestataires criaient : « A bas Martelly ! ». Il
s’empressa de partir sans faire aucune déclaration aux médias.
Il
se rendait ensuite à Marchand-Dessalines, toujours dans le même
accoutrement indigne de la commémoration de ce jour de honte et
de deuil pour une cérémonie officielle de requiem, en l’absence
des représentants officiels des deux autres pouvoirs : le
Législatif et le Judiciaire. Depuis des années le jour de
l’assassinat du fondateur de la Nation haïtienne a été banalisé
par les autorités du pays pendant que les forces étrangères
continuent de fouler la terre de Dessalines et tuent ses fils
sous les yeux des autorités.
Au Champ-de-Mars,
sur la place de Dessalines, outre des défilés de corps d’honneur
des élèves de différents établissements scolaires de la capitale
au monument du père la patrie, pour lui rendre un hommage bien
mérité, deux autres activités dont les objectifs étaient tout à
fait différents ont été réalisées ce jour-là. D’abord le
Collectif de Mobilisation pour le Dédommagement des Victimes du
Choléra a profité de l’occasion pour organiser une exposition
des photos des actes criminels et des exactions des soldats des
Nations Unies de la Minustah sur la population haïtienne. Des
centaines de personnes qui ont visité l’exposition ont été
étonnées de voir la façon dont leurs frères et sœurs sont
victimes des forces étrangères.
A
l’Ouest du monument de Dessalines, les vodouisants et
vodouisantes procédèrent aux funérailles symboliques de
l’Empereur, sous l’œil vigilant de l’Ati national, Max Gesner
Beauvoir, et d’autres dignitaires de la religion vodou. La
Konfederasyon Nasyonal Vodou Ayisyen (KNVA) par cette action,
voulait apaiser la colère du « nanm » (âme) de l’Empereur et
permettre de recoudre le tissu social haïtien. De leur côté
Moleghaf et Comodevic préférèrent réveiller « l’idéal dessalinien » pour combattre l’occupation des forces étrangères
de la terre de Dessalines.
Des activistes politiques qui étaient au Champ-de-Mars qui
lançaient des cris de: « A bas Minustah ! A bas l’Occupation !
Justice et Réparation pour toutes les victimes de la Minustah !
Notre sang, c’est le sang de Dessalines, » s’étaient vus
pointés du doigt par une des responsables de la KNVA, Euvonie
Georges Auguste qui vit de mauvais œil ces appels qu’elle jugea
sans doute séditieux et fit appel à la police qui procéda à
l’arrestation de l’un d’entre eux, Wisly Siméon, membre du
Collectif de Mobilisation pour le Dédommagement des Victimes du
Choléra. Il a été conduit au commissariat de Port-au-Prince,
puis relâché quelques heures après, suite à l’intervention des
avocats du Collectif.
Les membres du
Collectif lors d’une conférence de presse ont condamné le
comportement des « soi-disant vodouisants » qui, selon eux, ont
délibérément choisi de tuer Dessalines une autre fois encore le
17 Octobre 2012, sur la place publique. Liberté ou La mort telle
fut la devise d’Haïti sous le court règne de Dessalines. 206 ans
après l’assassinat crapuleux et odieux de Dessalines le peuple
haïtien est assujetti aux grandes puissances impérialistes,
leurs institutions internationales (FMI, Banque Mondiale, BID,
UE) et les forces d’occupation des Nations Unies qui violent et
tuent constamment.
Par ailleurs de nouvelles manifestations ont été organisées le
mercredi 17 Octobre 2012 un peu partout dans le pays : au
Cap-Haïtien, à Port-au-Prince, à Saint-Marc, à Jérémie pour
réclamer le départ de Joseph Michel Martelly à la tête de la
République d’Haïti. La population et les différents secteurs
organisés du pays ont clairement fait savoir que le président
Martelly n’a pas la capacité et les compétences requises pour
diriger le pays où tous les indicateurs de développement sont en
rouge. On lui a reproché sa mauvaise gouvernance, son
opiniâtreté à établir un régime dictatorial et dynastique, des
violations de la loi mère et des lois de la République, le
climat de corruption et de détournement des fonds de l’Etat.
Après 17 mois de gouvernance catastrophique de l’équipe au
pouvoir avec un bilan totalement négatif : violation
systématique des droits humains, délinquance publique,
augmentation du taux de chômage, de l’insécurité, de la
pauvreté, de la corruption, la population haïtienne en ayant
assez, appelle au départ du président Martelly.
Au Cap-Haïtien,
deuxième ville du pays, aujourd’hui transformée en un véritable
bastion de protestation anti-Martelly, un forum réunissait des
membres de partis politiques, des organisations de la société
civile, du secteur populaire, du secteur syndical, de la
paysannerie et des personnalités de toutes tendances confondues
sur la situation politique du pays. A l’issue de ce forum une
résolution politique dénommée «Manifeste du Cap-Haïtien» a été
adoptée et signée par dix-huit (18) partis ou regroupement
politiques, treize (13) organisations de la société civile ou
populaires, 2 syndicats, 2 sénateurs et 4 autres personnalités.
Dans ce manifeste, les signataires disent entre autres : «
Manifester notre opposition farouche aux pratiques arbitraires
du pouvoir en place. Reconnaître au peuple haïtien le droit
démocratique d’exiger souverainement et pacifiquement la fin
anticipée du mandat de cinq ans confié à tout président qui
s’écarte des règles du jeu démocratique », lit-on dans ce
document fait au Cap-Haïtien le mardi 16 octobre 2012.
Au lendemain de
ce forum ayant abouti à l’adoption de ce document dans lequel
l’opposition demande au régime Kale tèt de prendre rapidement
toutes les dispositions nécessaires en vue de redresser la
situation, des milliers de manifestants ont, une fois de plus,
gagné les rues du Cap-Haïtien, le mercredi 17 Octobre, à
l’occasion de 206 années de commémoration de l’assassinat de
l’Empereur Jean-Jacques Dessalines, pour exiger le départ de
Michel Martelly à la tête du pays. Les manifestants ont accusé
le locataire du palais national de pratiquer la corruption comme
méthode de gouvernance, d’implication de sa famille dans le
détournement des revenus de l’Etat, pendant que plus de 77% de
la population vivent dans une pauvreté extrême ou crèvent de
faim. Les protestataires ont fait le tour de la deuxième ville
du pays, qui, ces derniers temps s’est transformée en un
véritable bastion de la contestation contre le régime tètkale.
Durant tout le parcours, les manifestants criaient haut et fort
: « A bas Martelly ! A bas Martelly ! A bas Martelly ! Veux ou
pas, Martelly doit partir. Ki sa Martelly te ye pou nou pa
voye l ale… »
A Cité Lescot,
où la manifestation allait prendre fin, des soldats des forces
d’occupation de l’ONU ont lancé des bonbonnes de gaz lacrymogène
sur les manifestants pour essayer de disperser la foule qui
décidait de rester dans les rues jusqu’à ce que Martelly parte.
Mais aucun cas de victime n’a été enregistré. Le farouche
opposant au régime d’extrême droite de Martelly, le sénateur
Moïse Jean-Charles qui a pris la parole à la fin de la
manifestation a déclaré : « Nous allons continuer à manifester
sans relâche contre le pouvoir en place qui a échoué dans toutes
les manœuvres visant à démobiliser la population capoise ». Il a
invité la population à attendre les mots d’ordre des leaders
pour les prochaines manifestations anti-Martelly. Plusieurs
dirigeants de partis politiques de l’opposition qui
participaient à ce forum ont pris part à la énième manifestation
contre Martelly.
A
Port-au-Prince, le mercredi 17 Octobre, à l’appel du Mouvement
de Liberté, d’Egalité des Haïtiens pour la Fraternité (MOLEGHAF),
une organisation populaire basée au Fort-National, un quartier
populaire abandonné par les autorités, des centaines de
personnes ont manifesté dans les rues de la capitale contre la
vie chère, la corruption, la mauvaise gestion de la chose
publique, la discrimination, le mensonge et appellent au départ
de Michel Martelly. Partis du Fort-National, centre de la
capitale, les manifestants ont parcouru d’autres quartiers
populaires tels : Solino, Saint-Martin et Bel-air avant de
mettre fin au mouvement de protestation au Champ-de-mars sur la
place de Jean-Jacques Dessalines où le Collectif de Mobilisation
pour le dédommagement des Victimes du Choléra organisait une
exposition de photos des exactions des soldats des Nations Unies
en Haïti.
Sur la Place de Dessalines
des policiers à bord d’un véhicule de marque Toyota, couramment
appelé en Haïti «Zoreken » immatriculé 1-457 ont tiré des coups
de feu dans l’air pour essayer de disperser les manifestants
déterminés à crier : A bas Martelly ! Les manifestants ne se
laissèrent pas intimider, ils se sont rassemblés à nouveau et
ont continué à manifester contre le pouvoir en place. Le
secrétaire général de MOLEGHAF, David Oxygène a dénoncé le
pouvoir tèt kale, kale tèt qui ne tient pas compte des
revendications des masses défavorisées des quartiers populaires.
Selon lui le traitement que l’on fait aux masses populaires est
inacceptable : « Nous n’avons pas d’emploi, nos enfants ne vont
pas à l’école, ils crèvent de faim, ils ne peuvent pas se rendre
à hôpital. Alors que Martelly, sa femme et ses enfants nagent
dans la corruption et détournent les avoirs de l’Etats. Martelly
n’a d’autre choix que de satisfaire les revendications des
masses populaires ou de partir », a-t-il déclaré.
D’autres
manifestants ont dénoncé certains représentants de la communauté
internationale notamment le représentant du secrétaire général
de l’ONU, à la tête de la Minustah, Mariano Fernandez Amunategui
; l’ambassadeur de France, Didier Le Bret ; l’ambassadrice des
Etats-Unis, Pamela Ann White et le représentant de l’Union
Européenne en Haïti, Javier Nino Perez qui ne cessent de
s’immiscer ouvertement dans les affaires politiques internes
d’Haïti. Ils continuent de supporter le président Martelly
rejeté par une grande majorité du peuple haïtien. Ils font
ouvertement pression sur des parlementaires pour les forcer à
violer la constitution du pays pour satisfaire leurs propres
intérêts au détriment des intérêts nationaux et du peuple
haïtien.
Dans la foulée, d’autres manifestations d’envergure
sont prévues partout dans le pays, surtout dans le secteur de
l’éducation pour forcer les dirigeants à satisfaire les
revendications des enseignants. A Port-au-Prince, une
manifestation est prévue pour le jeudi 25 Octobre, des habitants
du Bel-Air et des révoqués des entreprises publiques, victimes
de la politique néolibérale mise en place par les grandes
puissances et les institutions financières internationales,
seront dans les rues pour exiger le paiement de leur
dédommagement et donnant au président Martelly le carton rouge.
Le pays est en ébullition contre le pouvoir réactionnaire de
Michel Joseph Martelly après 17 mois de gestion catastrophique à
la tête du pays. La situation économique et sociale du peuple
haïtien s’empire, la pauvreté augmente, les écarts sociaux
s’élargissent, en un mot le pays plonge dans le gouffre. |