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Par Isabelle L. Papillon
Comme prévu, dans la deuxième ville du pays,
Cap-Haïtien, plusieurs milliers de personnes, de toutes
tranches d’âge et de toutes catégories sociales, venues
majoritairement des quartiers populaires et des bidonvilles ont
gagné les rues le vendredi 21 septembre 2012 pour manifester
contre la politique d’exclusion du président Martelly, contre la
vie chère, la corruption et la violation systématique des droits
du peuple haïtien. Ils revendiquent également leurs droits de
vivre en toute tranquillité sur des lopins de terres qu’ils
possèdent depuis des centaines d’années.
Rassemblés au rond-point de Samarie, des milliers de
personnes venues de Cité Lescot, La Fossette et d’autres
quartiers populaires du Cap-Haïtien ont parcouru plusieurs rues
de la ville en passant par devant les locaux de la Délégation du
Nord, le Parquet du tribunal civil de première instance avant de
mettre fin à cette deuxième journée de mobilisation. Devant la
Délégation du Nord, les manifestants ont essuyé une pluie de
jets de pierres venues des bandits roses retranchés à
l’intérieur de la dite Délégation. Les manifestants leur ont
répondu proportionnellement. Les agents de la Police Nationale
d’Haïti (PNH) et les soldats des forces d’occupation de la
MINUSTAH de l’ONU sont intervenus à coups de gaz lacrymogène
pour essayer de disperser les manifestants. Mais ils sont restés
plus que déterminés à poursuivre leur parcours.
Sur tout le parcours, ils ont arraché les bracelets roses des
bras des gens qu’ils ont rencontrés et qui les portaient pour
les jeter par terre. Les manifestants criaient haut et fort : «
Martelly, Martelly,
pèp Nò a pap jwe, (le peuple du Nord ne joue pas). Nous ne
voulons pas du riz importé, nous voulons du travail. Nous
voulons vivre en paix chez nous ».
Malgré l’intervention brutale de agents de la PNH et de la
Minustah, la manifestation s’est terminée sans trop grand
incident.
Cependant, dans l’après-midi qui a suivi la
deuxième journée de mobilisation contre le pouvoir rose, des
agents de l’Unité de Sécurité de la Garde du Palais national (USGPN)
ont débarqué à la Cité Christophienne. Ils ont tiré à hauteur
d’homme dans différents quartiers de la ville. La population qui
reste toujours très vigilante a répliqué à leurs agressions par
des coups de pierres et de tessons de bouteilles. La veille,
dans la soirée, une tension régnait dans la ville. Des violences
ont fait trois blessés par balles. Des barricades de pneus
enflammés furent érigées sur certaines des principales artères,
particulièrement à proximité des quartiers populaires de La
Fossette, Cité Lescot et Samarie où des jets de pierres et de
bouteilles ont été enregistrés.
Le lundi 17 septembre, quatre
jours avant la manifestation, le gouvernement a dépêché une
délégation ayant à sa tête le ministre de l’Intérieur, Ronsard
Saint-Cyr et le secrétaire d’Etat à la communication, Guyler C.
Delva pour essayer de corrompre les responsables du mouvement de
mobilisation dans le Nord. Mission échouée après celle des Cayes
où plusieurs centaines de millions de gourdes ont été
distribuées pour essayer de déjouer le mot d’ordre de grève
lancé par la société civile de la troisième ville du pays.
Information confirmée par l’ex-délégué du Sud, Pierre Etienne
France sur les ondes d’une station de radio de la capitale.
Le même jour, à Miragoâne,
plusieurs centaines de personnes ont investi les rues pour
exiger le changement dans leurs conditions de vie, la baisse du
coût de la vie, pour dénoncer la corruption qui gangrène
l’administration de Martelly-Lamothe. Ils ont critiqué le
président Martelly d’avoir menti au peuple haïtien. Il avait
promis le changement et la rupture, aujourd’hui, il plonge tête
baissée dans la continuité sans réserve. Et, le changement se
fait toujours attendre, si ce n’est le règne d’un régime
répressif à la manière de la dictature des Duvalier.
A Port-au-Prince, devant la
Primature, des dizaines de personnes ont participé à un sit-in
pour exiger la baisse du coût de la vie, une révision à la
baisse des prix des produits de première nécessité. Des cris :
« Abas Lamothe. » ont été lancés. Le mercredi 19 septembre, au
cours de la journée, alors que le président Martelly accompagné
de l’envoyée spéciale de l’UNESCO pour Haïti, Michaëlle Jean,
effectuait une brève visite au Commissariat de Port-au-Prince,
au Champ-de-Mars, des chômeurs qui discutent toujours sur les
places publiques ont vite organisé un mouvement de protestation
pour exprimer leur mécontentement face à la situation
socio-économique dégradante à la veille de la rentrée des
classes. Ces pères et mères, des jeunes se sont déclarés
découragés et déçus de constater que l’espoir du changement
promis par Michel Joseph Martelly s’amenuise au fil du temps :
« Nous avons faim et nous avons besoin de travail, mais pas de
paroles pour nous endormir, pendant que la corruption gangrène
le pouvoir au plus haut niveau », ont lancé les protestataires.
Les revendications des protestataires dans
presque tout le pays convergent autour de la cherté de la vie,
de la corruption, de l’exclusion, de l’injustice sociale, d’une
propension à l’arbitraire, le non respect des droits
fondamentaux, du retour de la dictature, de
l’instrumentalisation des deux autres pouvoirs et des
institutions indépendantes. A l’occasion du 21e
anniversaire du coup d’Etat sanglant du 29-30 septembre 1991
contre le président Jean Bertrand Aristide, fomenté par les
forces anti-changement d’ici et d’ailleurs, le dimanche 30
septembre prochain, à Port-au-Prince il y aura une grande
manifestation contre le pouvoir des bandits légaux, des
corrupteurs, des violateurs des droits humains, des
narcotrafiquants. |