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Double anniversaire, celui
du drapeau et de l’Université. C’est ce que représente le 18 Mai
pour le peuple Haïtien. Chaque année nous le voyons revenir et
c’est avec la même ferveur que nous le célébrons.
Nous vivons
aujourd’hui des moments douloureux et nous aimerions donner à
cette date historique du 18 Mai un sens nouveau et une portée
nouvelle en nous adressant à la jeunesse Universitaire pour lui
signaler la mission de l’Universitaire haïtien, le but de
l’Université Haïtienne, sa signification au regard du drapeau et
autant que son culte sacré pour cette plus haute fonction de
l’homme libre : la LIBERTE.
S’il est un but
suprême digne de tous nos efforts, digne de toute la
sollicitude de toute la jeunesse qui croit en sa Mission, c’est
notre culture. Il est tout à fait inacceptable, après 1946 et
1986 de continuer à admette et à répéter que nos forces
spirituelles surtout celles de l’intelligence et celles de la
personnalité humaine de l’haïtien soient des forces d’emprunt
avec une origine étrangère et par conséquent sous l’angle de
l’intégration suffisante ni assimilation parfaite. Une culture
étrangère, donc mercenaire, vestige d’un passé colonial sans
attrait et qui n’avait d’haïtien que le nom, ressemblant à ces
chaussures « pépé » (1) qui envahissent nos trottoirs sur la
route de Delmas, trop amples, que le pied quitte, prend, traîne
et déforme, est un crime et une faute.
Toute culture
vraie doit être nationale d’abord, le fruit de longs et
méthodiques efforts de l’Intellectuel, de l’Université
affranchie du labeur du terrain haïtien. Vous êtes donc,
Messieurs les Etudiants à cause de cette impérieuse mission qui
est dans ce pays où tout ce qui n’est pas la jeunesse a tendance
à dégénérer- dévolue à la jeunesse actuelle de notre Université,
destinée à devenir, que dire à être le centre de la culture
haïtienne, obligée de lutter pour une culture nouvelle et libre,
laquelle dans ses données immuables doit- être afro-américaine
et Latine.
Aujourd’hui
nous avons donc devant nous une lutte : libérer la culture
haïtienne de toute emprise absolue, par conséquent exclusive,
lui donner son équilibre psychologique et vital et la replacer
sur son terrain d’élection qui est afro-américano-latin. Pour y
parvenir il faut d’abord accéder à l’autonomie Universitaire
réelle, grâce à laquelle l’Université sera libérée de toute
influence politique militante pour devenir un Patrimoine
National large, le vrai centre indépendant de formation d’une
âme essentiellement haïtienne, dégagée de toute servitude
Politique, Economique, Intellectuelle et Culturelle, prête à
assumer sa tâche historique, sa grandiose mission patriotique :
celle de rallier toutes les forces spirituelles anticoloniales
nettement hostiles aux servitudes du passé et au triste héritage
de soumission et de domination de nos Intelligences et de nos
Consciences .
Nous plaçons
donc devant vous un nouveau drapeau : l’Université autonome pour
et par une culture affranchie et non partisane : telle est et
doit être aujourd’hui, la position doctrinale de l’Université
Vous hisserez
désormais, Messieurs et dames les étudiants ; ce beau drapeau de
l’Université que nous créons, par ce message, à côté de l’autre,
drapeau que nos pères forgèrent à l’Arcahaie, ce Bicolore
glorieux que nous célébrons aujourd’hui. Qu’unis dans les
combats comme dans les triomphes, la gloire passée de l’Ainé
galvanisant le courage du dernier venu, ces drapeaux puissent
compléter la libération totale de l’Etudiant et de l’Homme en
Haïti.
Et pour qu’ils
restent désormais étroitement élancés que dans leurs plis
glorieux, ils abritent les mêmes résolutions de vaincre ou de
mourir qui nous rendirent célèbres. Nous les plaçons tous les
deux sous le même vocable : La Liberté !
Afin qu’ils restent tous les deux le signal de l’émancipation
totale de l’haïtien contre toute colonisation étrangère, le
signe de Ralliement de toutes les consciences sous une seule
bannière glorieuse et immortelle, et que pour toujours ils
indiquent nos Drapeaux au passant qui les interrogera avec
émotion. Que désormais il y ait une nation distincte des autres
nations, et une culture nationale autonome distincte des autres
cultures, grâce à laquelle nous pouvons reprendre dans le monde
la place altière que nos ancêtres nous ont léguée, la seule,
Messieurs et dames les étudiants, qui soit digne de nous et de
la gloire de notre passé, celle qui marquera la fin d’une longue
lutte vers la liberté, la place des vainqueurs : la première.
Jeunes de mon pays, l’avenir de la patrie dépend de vous. C’est
vous qui demain serez appelés à assumer le gouvernement de ce
pays. Vous devez vous unir et prendre conscience de votre
mission historique. A l’occasion du dix-huit mai, le journal
Haïti Liberté vous parle. Il vous lance un appel pour que vous
commenciez à forger vous-mêmes votre avenir et vous préparer des
lendemains meilleurs. |