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Haiti-Liberte

 

Edition Electronique

Vol. 8, No. 28
Du  Jan  21  au  Jan 27. 2015

Electronic Edition

Kòrdinasyon Desalin: Conférence de presse

 

 
 

UEH :
Vandalisme des casseurs de Martelly

Par Thomas Péralte
 

...

Le vendredi 17 février 2012, il était environ 3 heures de l’après-midi, lorsque Michel Joseph Martelly à la tête d’un groupe d’individus casseurs a essayé de pénétrer à l’intérieur de la Faculté d’Ethnologie qui se trouve à la rue Magloire Ambroise, au Champ-de-Mars. Accompagné de sa femme, Sophia Martelly, sans aucune forme d’invitation, il voulait assister à un Colloque international se déroulant sur le thème : « L’Ethnologie et la construction de la Nation politique, du peuple, du citoyen en Haïti », animé par des professeurs étrangers et haïtiens.

 Bloqué par des étudiants, l’ancien chanteur d’un groupe Compas, surnommé « Sweet Micky » a tenté de force d’y entrer. Ses partisans-casseurs prétendaient que les étudiants auraient touché à coup de pierres le cortège du président « Tèt Kale ». Ils ont pénétré par effraction à l’intérieur de la Faculté Ethnologie et le Bureau National d’Ethnologie où ils ont commis des actes de vandalisme très graves. Des ordinateurs, des imprimantes, des téléphones portables, des ventilateurs et d’autres matériels de bureau ont été emportés par les bandits de Martelly. Les pare-brise des véhicules stationnés sur la cour de l’établissement universitaire ont été endommagés. Des matériels de bureau renversés par terre, le bilan est très lourd. Les agents de sécurité de Martelly sont intervenus de force en tirant en l’air des coups de feu et de bombonnes de gaz lacrymogène en direction de la Faculté. Des étudiants se sont évanouis, d’autres ont été blessés, quatre autres ont été interpellés par la Police puis relâchés dans la soirée. Alors qu’aucun des casseurs n’a été arrêté en dépit de l’intervention du Commissaire du gouvernement de Port-au-Prince, Jean Renel Sénatus.

...Les dégâts matériels sont considérables, des impacts de balles restaient encore très visibles sur les persiennes de la Facultés. La clôture du Bureau National d’Ethnologie qui se trouve en face de la barrière Nord du palais national, partageant la cour de la Faculté a été également détruite. Les participants au colloque et les étudiants se trouvant à la Faculté n’ont eu la vie sauve que grâce à l’intervention de la Croix-Rouge et d’autres représentants du corps diplomatique.

Selon les étudiants de l’entité universitaire publique, l’incident a été provoqué par le président Martelly qui a voulu pénétrer l’enceinte de la Faculté avec des hommes armés en civil, alors que se tenait encore un colloque international dans l’établissement. « L’espace universitaire étant inviolable, nous avions décidé qu’ils n’entreraient pas. Des hommes armés en civil et des policiers ont tiré des coups de feu, frappé des étudiants, cassé des vitres de voitures tandis que des portes du bâtiment ont été défoncées, » confirment les étudiants témoins des actes de vandalisme des bandes de Martelly.

Le Bureau de Communication du palais national s’est empressé d’émettre un communiqué pour essayer de détourner l’attention de la population sur ce qui s’est passé réellement à la Faculté Ethnologie ce jour-là. Il dénonce une certaine agression contre le cortège présidentiel « des fauteurs de trouble réfugiés dans l’enceinte de la Faculté d’Ethnologie, ont agressé le cortège du président de la République qui parcourait l’aire du champ-de-Mars à pied accompagné des bandes carnavalesques », a prétendu le Bureau. C’était bizarre, selon des témoins les fauteurs de trouble se trouvaient dans les rangs des bandits légaux de Martelly. Ce sont eux qui ont pénétré par effraction l’enceinte des locaux de la Faculté d’Ethnologie pour voler, piller, briser tout ce qui s’y trouvait.

Le communiqué a parlé de bandes carnavalesques alors que le président Martelly, lui-même a interdit formellement le défilé carnavalesque dans les rues de Port-au-Prince. Il a parlé également d’agression contre le cortège présidentiel, qui oserait attaquer le cortège présidentiel à un pas du palais national ? Communiqué mensonger.

En fait, le président Martelly était à la tête d’une manifestation réunissant quelques centaines de personnes, partie des hauteurs de Pétion-ville pour se rendre en ville, essayant ainsi de faire croire à tous ceux qui en lui veulent qu’il est « populaire ». La question de la double nationalité semble atteindre le président Martelly au plus profond de son coeur. Le comportement du président Martelly ces derniers jours, laisse à désirer, qu’il s’agisse des réponses choquantes données à des journalistes, de l’intervention inappropriée à la résidence privée du Premier ministre ou de l’intervention brutale et sauvage à la Faculté d’Ethnologie.

Le recteur contesté de l’Université d’Etat d’Haïti (UEH), Jean Henry Vernet a condamné ce qui s’est passé vendredi 17 février à la Faculté d’Ethnologie en ces termes : « C’est un incident qui est vraiment malheureux, un incident sans nom. Je suis très gêné d’une chose comme ça, parce que j’ai été obligé à un certain moment de faire appel à la Croix-Rouge pour évacuer les personnes en danger. Je pense que l’incident qui s’est produit n’est pas normal, c’est une mauvaise façon de faire qui est à la base de toute la casse qui a été faite. Des gens malintentionnés envahissent l’enceinte de la faculté et cassent tout ce qui s’y trouve. Déjà que nous n’avons pas assez de moyen et que nous constatons des pertes de ce genre, je suis vraiment consterné par ce qui s’est passé là-bas. »

Certains observateurs constatent depuis bien des temps que le président Michel Martelly ne se gêne pas de commettre n’importe quel désordre. Et d’ailleurs il disait haut et fort : « Depi se prezidan an k ap fè dezòd, dezòd la legal ». Alors le président Martelly peut se permettre d’entrer à la Faculté d’Ethnologie comme bon lui semble à la tête d’un groupe de casseurs. Quelle image a-t-il envoyé à l’étranger quand il sait très bien qu’il y avait un colloque international animé par des professeurs venus de plusieurs continents ?

Ces nouveaux incidents douloureux interviennent à un moment où le gouvernement prétend ouvrir le pays aux investissements étrangers, alors le président par son comportement désagréable envoie un autre message aux investisseurs, en dépit de toutes les difficultés auxquelles on fait face. De plus, le pays traverse une grave crise de gouvernance, née de la nouvelle relative à la nationalité étrangère des hauts dignitaires de l’Etat, interdite par la constitution haïtienne. Cette situation a également débouché sur de graves divergences entre les deux branches du pouvoir exécutif et entre le pouvoir législatif et le pouvoir exécutif.

Maintenant, c’est le secteur universitaire qui fait l’objet d’attaques sévères de la part du président Martelly en personne. La grande question qu’on se pose est : où va-t-il conduire le pays?

 
 
Vol. 5, No. 32 • Du 22 au 28 Février 2012
 

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