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Il y a
un an l’ancien dictateur haïtien, Jean-Claude Duvalier est
rentré en Haïti. Retourné au pays après plus de 25 ans d’exil en
France. Qui avait organisé ce retour triomphal ? Etait-il
attendu ? Et entré pour quoi faire ? Ces interrogations qui, au
début paraissaient sans importance aux yeux de certains,
commencent à prendre tout leur sens. D’autres doutaient qu’un
ancien Président à vie de la trempe de Baby Doc puisse entrer
sans coup férir dans un pays en pleine agitation électorale aux
yeux et à la barbe de ses anciens protecteurs sans complicité
aucune.
Duvalier dont l’état
physique faisait pitié en descendant de l’avion qui le ramenait
au pays d’où il avait été chassé par la population après trente
ans de règne absolu partagé avec son père, fait profil bas. Il
se refugie dès son arrivée dans le luxueux hôtel Karibe
où il a élu domicile. De sa suite d’hôtel, il reçoit. Consulte.
Manigance.
Avec certains de ses
anciens acolytes et nostalgiques du règne de la terreur, il se
prend à rêver d’un nouvel avenir politique. Du coup, le petit
groupe monte des stratégies de reconquête. Jean-Claude Duvalier
charge son avocat Reynold Georges de mettre en place des plans,
visant à redorer son blason auprès de la population. Prises par
surprise, certaines associations des victimes de l’ère
duvaliériste ont fini par déposer plainte contre l’ancien
dictateur, tout en criant à la manipulation de l’opinion
publique par le pouvoir de l’époque et le laisser faire de la
Communauté internationale. La justice, pour tenter de calmer le
jeu fait semblant de s’intéresser au dossier en jetant, dans la
foulée, un écran de fumée sous la forme d’une inculpation,
histoire d’endormir les plaignants.
C’est ainsi qu’on
apprend que l’ancien Président à vie d’Haïti, a été mis en
examen (inculpé) et surtout placé en résidence surveillée. Par
ce stratagème de la justice, Duvalier aurait pu passer
totalement dans l’oubli. Mais c’est mal connaître l’objectif
réel de Duvalier et surtout ceux pour qui, il est en mission
commandée. On dirait même que pour Duvalier, cette inculpation
et surtout ce placement en résidence surveillée est une sorte de
provocation sinon un défi lancé à sa personne. Son statut. Son
rang. Et pour cause, ses amis politiques, ses différents
contacts au sein de la bourgeoisie et la complicité dont il
bénéficie auprès du pouvoir, le poussent à se mettre en avant.
Il veut bouger. Sortir. Bambocher. Retrouver l’ambiance qu’il a
connue du temps de sa splendeur.
Jean-Claude Duvalier
est persuadé qu’il a une seconde chance politique en Haïti. La
mémoire sélective de certains le met en confiance. D’ailleurs,
l’histoire ne se raconte-elle pas « au gré de la mémoire » dans
ce pays? Du coup, devant ses appartements de l’hôtel,
transformés en QG, tous les jours des bandes de badauds et de
curieux se réunissent pour l’applaudir à chaque apparition sur
le balcon de sa suite. Une attitude qui finit par agacer les
victimes de la dictature. Déranger les autres clients de
Karibe. Et dans une certaine mesure, ridiculiser les juges
qui avaient demandé à Baby Doc de rester à carreaux le temps que
son dossier soit classé sans suite dans la grande tradition
judiciaire haïtienne. Ou peut-être avec la mention : l’enquête
se poursuit. Mais Duvalier, Véronique Roy sa compagne, et la
petite bande, menée par Reynold Georges, ne l’entendent pas de
cette oreille.
Le silence et
l’anonymat ne font pas parti de leur stratégie. Tous souhaitent
aller très vite en besogne. Duvalier lui-même soutient cette
démarche. Il faut qu’il soit sous les projecteurs. Il répond aux
interviews. Il accorde audiences à des désespérés qui, faute de
perspectives, voient dans le retour de l’ex-dictateur une
opportunité de revenir au devant de la scène. Baby Doc, passé
maître en manipulation leur laisse croire qu’il peut être leur
dernière chance. Leur dernière carte. Le dernier recours pour le
pays qu’il a ruiné pendant les 15 années de sa présidence à vie.
Duvalier, avec son calme olympien devient vite trop brillant.
Trop visible. Trop remuant. Il faut qu’il déménage.
Contraints par
l’agitation de l’ancien exilé censé sous surveillance policière,
poussés par la provocation des partisans du dictateur, sous la
pression de certaines associations des victimes du pouvoir des
Duvalier, la direction de l’hôtel, le Parquet de Port-au-Prince
négocient le départ de la famille Duvalier vers un lieu moins
visible. A l’écart de l’agitation d’un hôtel de luxe recevant
différentes activités socioculturelles et politiques.
En deux temps trois
mouvements, les amis hauts placés du couple Duvalier trouvent un
lieu à la mesure du projet de l’ancien chef d’Etat et aussi à la
hauteur de l’ambition politique qu’il entend désormais jouer
dans le paysage politique haïtien. Ce lieu magique sera Montagne
noire. Au dire de ceux qui ont déniché ce coin paradisiaque pour
Jean-Claude Duvalier, en Haïti, on ne peut faire mieux dans le
luxe. Cette luxueuse villa est en harmonie avec le passé
démesuré et tapageur de l’ex-dictateur. En effet, dès
l’aménagement de Duvalier et Véronique dans cette charmante
résidence sur les hauteurs de Pétion-Ville, c’est à une campagne
ouverte pour reconquérir le pouvoir qu’on assiste.
De ce quartier
général, Duvalier passe à l’offensive. Faisant fi de
l’injonction de la justice qui l’interdit de quitter sa
résidence, Baby Doc, peut-être sous les conseils d’autres
duvaliéristes bien informés du laxisme dont fait preuve la
justice haïtienne depuis sa fuite d’Haïti en 1986, entreprend de
parcourir le pays en long et en large. Mieux, pendant qu’il
tente d’activer ses différents réseaux macoutes et autres
membres du Conseil National d’Action Jean-Claudiste (CONAJEC)
son ancien parti, Jean-Claude Duvalier place des hommes au sein
du nouveau pouvoir. Outre son propre fils, François Nicolas,
devenu l’un des conseillers du Président Michel Martelly,
plusieurs de ses anciens ministres sont aujourd’hui ministres
dans le gouvernement conduit par Garry Conille, lui-même, fils
de l’ancien duvaliériste Serge Conille. Sans oublier de rappeler
que le directeur du cabinet du Premier ministre, n’est autre que
l’ancien Secrétaire général du CONAJEC, le Dr Rony Gillot,
celui-là même qui rendait visite de temps en temps en France à
Jean-Claude Duvalier durant son exil doré, soit sur la Cote
d’Azur, soit à Paris.
Inutile de parler de
différentes personnalités, notoirement duvaliéristes, nommées à
la direction des Institutions, dans les Administrations et au
sein de cabinets de plusieurs ministres. En dehors de
l’intégration des femmes et des hommes proches de la mouvance
jean-Claudoduvalieriste dans l’appareil de l’Etat, Baby Doc,
depuis son retour, s’active avec l’aide d’anciens barons
macoutes et miliciens, à mobiliser la jeunesse. On a vu comment
sous la houlette de Reynold Georges et d’autres activistes
proches des idées de ce qu’ils appellent la « Révolution de
1957 » ou la « Révolution duvaliériste » ils ont pu profiter de
la naïveté et du crétinisme de la majorité de toute une
promotion de soi-disant étudiants en droit des Gonaïves pour les
embrigader dans la stratégie de Baby Doc.
On comprend mal que
toute une promotion d’étudiants, en droit de surcroît, puisse se
laisser entraîner dans une affaire si problématique pour leur
carrière. Quelle lourde tâche indélébile à porter toute une
carrière d’avoir comme parrain, en 2011, le personnage qui
restera comme étant l’un des dictateurs le plus honni de toute
l’histoire d’Haïti ? En tout cas, cela prouve que Duvalier et
consorts peuvent encore surprendre plus d’un sous leurs
carapaces de démocrates. D’ailleurs, ils sont encouragés dans
leur démarche par les plus hautes autorités du pays qui leur
favorisent, leur facilitent la tâche.
A la surprise
générale, l’ex-dictateur n’était-il pas en première loge aux
cotés du chef de l’Etat accompagné pour la circonstance de
l’ex-général Prosper Avril son ancien homme de confiance et
surtout de l’ancien Président américain, Bill Clinton pour la
commémoration du séisme du 12 janvier 2010 ? N’a-t-on pas
remarqué Baby Doc rayonnant discutant chaleureusement et avec
confiance en soi avec un Bill Clinton souriant et plein de
complaisance ? Ce sont des signes qui ne trompent point.
Jean-Claude Duvalier devenu un fin politique depuis son séjour
forcé de 25 années en France, sait quel profit, lui, homme
politique en campagne et en quête d’une nouvelle virginité, il
peut tirer d’une telle photo avec Bill Clinton tout puissant
dans les affaires haïtiennes. Depuis un an, tout semble indiquer
que Duvalier travaille sur un calendrier bien précis et urgent.
On a l’impression que l’ancien dictateur et son équipe cherchent
à se mettre en position de combat afin qu’ils ne soient pas pris
au dépourvu le moment venu. Duvalier en dépit de son assignation
à résidence dans la commune de Pétion-Ville ou peut-être dans la
région métropolitaine continue de voyager partout dans le pays
sans se soucier de la justice et des forces de l’ordre.
D’ailleurs, chaque déplacement de Duvalier et de son équipe se
fait sous haute protection de la police. Tantôt aux Cayes.
Tantôt à Jacmel. Devenu une vedette pour certains et une
curiosité pour d’autres, Jean-Claude Duvalier finit par
s’imposer dans le paysage comme un monsieur tout le monde sans
passé et surtout, le plus inquiétant, plein d’avenir.
Un jour on le
retrouve à Léogâne soi-disant pour honorer ses grands parents
disparus. Un autre jour il est aux Gonaïves pour des rencontres
politiques prétextant une cérémonie des étudiants finissants.
Après demain, le voilà dans sa villa bunkérisée recevant en
grande pompe, une fois encore, des étudiants de plusieurs
facultés de l’université d’Etat d’Haïti en audience pour faire
le point sur la situation du pays selon Reynold Georges, en vue
de trouver des solutions pour l’avenir toujours selon les
délires de ce monsieur. Qu’on ne vienne pas nous dire que tout
cela ne rentre pas dans une stratégie globale et judicieusement
calculée de reconquête du pouvoir, on aimerait bien comprendre.
Dans une complaisance presque infantile, la société haïtienne
laisse Jean-Claude Duvalier revenir petit à petit sur le devant
de la scène politique sans que personne ne prenne au sérieux
cette campagne qui ne dit son nom. Pour ne pas se laisser
prendre au dépourvu, avant qu’il ne soit trop tard, l’on
préfère, dès à présent tirer la sonnette d’alarme afin que
personne ni la gauche haïtienne ni les autres démocrates ne
viennent dire après coup, qu’ils n’ont rien vu venir. Qu’on se
le dise, l’ancien Président à vie d’Haïti, Jean-Claude Duvalier
est aujourd’hui - janvier 2012 - avec la complicité de
différents secteurs nationaux et internationaux dans une
démarche de reconquête du pouvoir par la tromperie certes, mais
par la voie la plus démocratique qui soit : le suffrage
universel. Que nul n’en ignore ! |