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C’est à la pelle que le président Joseph Michel «Sweet
Micky» Martelly est en train de vider l'argent du trésor
national au bénéfice de sa famille et de ses amis dans de
coûteux voyages à l'étranger, location d'aéronefs, acquisitions
de véhicules, et retraits irréguliers de la Banque centrale
d'Haïti, selon Moïse Jean-Charles, un sénateur représentant le
département du Nord d'Haïti.
Dans un récent discours qu'il a prononcé lors d'un rassemblement
du parti Fanmi Lavalas à Brooklyn, NY et dans une interview
exclusive accordée à Haïti Liberté, Jean-Charles a
souligné une série de frais népotistes excessifs et de dépenses
officielles siphonnant le Trésor public des millions de dollars
injustifiés destinés à la famille présidentielle et à ses
proches amis.
«
Dans le passé, quand un président haïtien voyageait à
l'étranger, l'État lui versait $5000 US par jour pour ses frais
», a dit Jean-Charles à Haïti Liberté. « Aujourd’hui,
le président Martelly a quadruplé ce per diem à $20.000 US par
jour. Quand sa femme voyage avec lui, elle obtient $10.000 par
jour; si ses enfants sont de la partie, ils obtiennent $7.500
par jour, chacun, et les autres personnes de son entourage
obtiennent $4.000 par jour ».
Jean-Charles a déclaré que les dépenses per diem sont très
élevés parce que Martelly « ne voyage pas avec 12 personnes,
ou avec 15 personnes, il voyage toujours avec 30 personnes ».
Il a fallu au Président
Martelly cinq mois pour avoir un premier ministre et un
gouvernement approuvés par le Parlement, époque durant laquelle
il a fait plusieurs voyages à l'étranger, y compris en Espagne,
aux Etats-Unis et au Chili.
Lors d'une
rassemblement le 18 décembre pour marquer le 21e anniversaire de
la victoire historique de Jean-Bertrand Aristide au premier tour
de l’élection présidentielle du 16 décembre 1990, le sénateur
Jean-Charles a dit aux quelques 200 partisans de Fanmi Lavalas à
l’église St. Jérôme à Brooklyn que huit jours après
l'inauguration de Martelly le 14 mai, « il avait obtenu du
gouverneur de la banque centrale qu’il lui donna cinq voitures
blindées, ce qui a coûté à l'État haïtien 2,5 millions de
dollars américains. »
Deux semaines plus tard, le gouverneur de la banque centrale
achetait 60 Toyota Prado SUVs «non pas pour les
fonctionnaires de l'État, mais pour ses enfants, pour sa femme,
et pour les gens vivant avec lui », a dit Jean-Charles à
l’assistance.
Le sénateur a également réprimandé le gouvernement de Martelly
pour la location de deux hélicoptères d'une compagnie américaine
pour laquelle Haïti paie $150.000 par mois. Par ailleurs, a dit
Jean-Charles, le Président Martelly a loué un jet privé pour ses
voyages qui coûte $1700 par heure pour la location.
« C’est le
genre de dépenses entrepris par le Président Martelly, le
président de la nation la plus pauvre du continent », a
déclaré le sénateur au rassemblement du 18 décembre.
Jean-Charles
n'a pas dévoilé à Haïti Liberté la source des
informations alléguées, mais il a dit que ses sources viennent
aussi bien de documents que de ministres consternés et
mécontents du gouvernement.
Plusieurs ministres du gouvernement ont été particulièrement
vexés de recevoir une facture d'une société qui a travaillé en
étroite collaboration avec la Première Dame Sophie Martelly pour
embellir les bureaux des ministères avec des décorations de Noël
non sollicités, a dit Jean-Charles. « Il peut y avoir un
conflit d'intérêt pour la Première Dame à utiliser cette société
qui est proche d'elle, et à charger des coûts pour lesquels elle
n’a pas autorité », a t-il ajouté.
Jean-Charles
s’est demandé comment le père de la Première Dame, Charles
"Bébé" Saint-Rémy, a été en mesure « d'aller à la Banque
centrale et de débloquer $30 millions de dollars américains
sur la base qu'il allait acheter des engrais pour les paysans
» dans la Vallée de l'Artibonite en Haïti, a déclaré le
sénateur au rassemblement à Brooklyn. « Où est l'engrais?
»
Jean-Charles a
dit plus tard à Haïti Liberté qu'il avait récemment
voyagé dans des villes et des sections rurales autour de
l'Artibonite et n'a pu trouver aucune preuve que des paysans
aient reçu aucun engrais après le « déblocage » de St.
Rémy.
Sandro Martelly, un musicien et le fils de 18 ans du président Martelly, a
également été en mesure d'aller à la Banque centrale et de tirer
60 millions de gourdes (environ $ 1.5 millions US) pour une «
Coupe de la Présidence » en Décembre dernier. « Est-ce
qu’il a le droit de faire ça ? » a demandé le sénateur ?
« Le
président [René] Préval a laissé 1,9 milliard de dollars
américains » quand il a quitté ses fonctions le 14 mai, a
déclaré le sénateur Jean-Charles. « Cet argent devrait être
en circulation. Mais il n'en reste pas une gourde. Où est passé
cet argent? »
Le porte-parole du Palais
National n'a pas répondu à une demande d'Haïti Liberté
pour une réponse aux accusations sénateur Jean-Charles.
Le sénateur
Jean-Charles s'est d'abord fait une renommée nationale en tant
que leader du Mouvement des Paysans de Milot (MPM) durant les
années 1980. Plus tard, comme maire de Milot, la ville du nord
qui fut le siège du Palais Sans Souci d’Henri Christophe et de
la Citadelle. Jean-Charles est devenu connu pour sa résistance
farouche aux coups d'Etat de 1991 et de 2004 contre Aristide.
Plus tard, il a été élu sénateur sous la bannière du parti de
René Préval, puisque le parti d'Aristide Fanmi Lavalas avait été
disqualifié de la participation électorale.
« Martelly a toujours dit que nous étions les magouilleurs,
que nous étions incompétents », a dit Jean-Charles au
rassemblement de Brooklyn. « Mais il suffit de regarder sa
façon de faire aujourd'hui pour se convaincre du contraire.
C'est une véritable gagòt. Nous devons dénoncer ces choses.
»
Les accusations
du sénateur viennent à un moment où d'autres questions
troublantes se font jour. La semaine dernière, le conseiller
pour l'éducation de Martelly, Dimitri Nau, « a admis qu'aucun
des fonds collectés par le biais d'une taxe sur les appels
internationaux et les transferts d'argent n’est utilisé pour
l'éducation en Haïti », comme Martelly l’a prétendu, selon
le site d’internet «Defend Haïti» dans une dépêche du 3 janvier.
Martelly a
lancé le Fonds National pour l'Education (FNE), en mai 2011 avec
l'objectif de collecter 8,5 millions de dollars par mois, en
taxant tous les appels téléphoniques internationaux entrant en
et sortant d'Haïti à 5 centimes par minute et tous les
transferts de fonds internationaux que la diaspora haïtienne
envoie à des membres de leur famille - la plus importante source
de revenus étrangers d'Haïti- au prix de $1,50 par transfert.
« Depuis le
lancement du FNE, les $ 60 millions de dollars [américains]
supposés être au compte du gouvernement pour l'éducation n'ont
pas été trouvés », selon Defend Haïti. « Lors d'une
réunion avec le Comité des finances du Sénat en Décembre, le
gouverneur de la Banque de la République d'Haïti [Castel
Charles] a déclaré que seulement 4,8 millions de dollars
[américains] se trouvent au compte de la FNE et qu'aucun retrait
n’avait été fait du fonds et que cela représentait tout
l'argent collecté à partir des frais de 1,50 $ [américaine] sur
les transferts. ». Les chiffres de M. Castel de 4,8 millions
de dollars le mois dernier ont été contredits par l’ancien
conseiller en éducation de Martelly, Gaston Georges Merisier,
qui a annoncé le 30 septembre que l’impôt sur les appels
téléphoniques et les transferts avait rapporté quelque $28
millions de dollars [américains]. Le FNE a été conçu et est
administré par Laurent Lamothe, ministre des Affaires
étrangères, sans contrôle parlementaire.
Le gouvernement
haïtien « a dépensé un montant sans précédent d'argent dans
une campagne de désinformation », a rapporté Defend Haiti. «
Les spots de radio et de télévision, les panneaux d'affichage
et même les discours du président Martelly, ont affirmé que près
d'un million d'enfants sont scolarisés gratuitement. »
Mais Nau a admis que plus de 54% des 903 000 étudiants que le
gouvernement prétend fréquenter l'école gratuitement, étaient
déjà inscrits dans le système scolaire national qui est gratuit
en Haïti, et que leurs frais d'inscription annuelle de 2,50 $ à
5 $ ont été payés par la Fondation Clinton, et non pas par le
FNE.
« Les 400
000 autres étudiants bénéficient du programme ‘Une Éducation
Pour Tous’, lancé par la Banque mondiale et d’autres banques
internationales », a rapporté Defend Haïti.
En octobre
dernier dans une interview à Radio Vision 2000, le sénateur
Steven Benoît a dénoncé comme « illégaux » les impôts
prélevés sur les appels et les transferts d'argent
internationaux. Il a déclaré que seuls deux institutions de
l'État ont été autorisées à prélever une telle taxe: La
Direction générale de Impôts (DGI) et l’Administration générale
des douanes (AGD).
Benoît a souvent rejoint le sénateur Moise Jean-Charles en
accusant le gouvernement de Martelly de corruption et
d’irrégularité financière. En septembre dernier, Jean-Charles a
critiqué le président Martelly pour avoir payé $13 000 la nuit
pour son hôtel lorsqu'il a assisté à la session de l'Assemblée
générale des Nations Unies.
« Le chef de
l'État aurait pu descendre dans un hôtel moins cher comme l'ont
fait les représentants de Cuba et du Venezuela », a dit le
sénateur au journal Le Nouvelliste. |