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Des secteurs
de l’Université d’Etat d’Haïti (UEH), des organisations des
droits humains tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays
protestent et condamnent le comportement scandaleux et
irresponsable du décanat et des étudiants finissants de l’Ecole
de droit des Gonaïves, d’avoir choisi un inculpé pour
détournement des fonds publics et auteur de crimes contre
l’humanité, l’ex-dictateur, Jean Claude Duvalier, pour parrainer
la dernière promotion sortante de cette école. Le gouvernement
Martelly/Conille est accusé de l’impunité dont jouit
l’ex-dictateur, Jean Claude Duvalier.
Dans une note
de protestation, le Conseil Exécutif de l’Université d’Etat
d’Haïti (CEUEH) condamne énergiquement la présence de l’ancien
dictateur Jean Claude comme invité d’honneur à une cérémonie de
graduation d’une promotion de finissants de l’Ecole de Droit des
Sciences Economiques et des Gestion (EDSEG) des Gonaïves, le 16
décembre dernier. Le recteur Jean Henry Vernet, signataire de
cette note, a pointé du doigt les responsables de la direction
de cette Ecole composée de : Joseph Mécène Jean Louis, Daniel
Dupiton et Dieufort Dieuseul Placide. Selon lui, la direction de
cette unité d’enseignement universitaire relevant de l’UEH est
convoquée par devant le Conseil exécutif. « Il est tout à fait
inconcevable qu’une Ecole de Droit ait cautionné la
participation de ce personnage à une telle cérémonie. Cet acte,
posé par les étudiants finissants et la direction de l’EDSEG est
une grave offense à la philosophie, aux valeurs et idéaux
gestionnaires de cette école qui relève de l’université d’Etat
d’Haïti, gardienne et protectrice des libertés publiques. Vous
avez choisi d’ignorer que de lourdes charges sont imputées à
Monsieur Duvalier qui est inculpé par la justice haïtienne pour
ses responsabilités concernant les nombreux crimes,
malversations et détournements de fonds commis durant son régime
» a-t-il fait remarqué.
Le délégué des étudiants de la Faculté des Sciences humaines,
James Beltis, exprime son indignation contre le choix porté sur
l’auteur de multiples crimes pour être parrain de promotion. «
Ces étudiants et ce décanat rentreront dans l’histoire, sous un
manteau de honte et d’ignominie. Pour l’histoire, la justice et
la moralité, nous devons les dénoncer. » Ainsi réagit James Beltis, étudiant de la Faculté des Sciences humaines.
Il a poursuivi
pour dire que ce qui s’est passé à l’Ecole de Droit des Gonaïves
fait partie d’un vaste complot de réhabilitation de
l’ex-président autoproclamé à vie, de ses sbires et
tortionnaires. Il dénonce également la complicité du
gouvernement Martelly/Conille dans ces manœuvres politiciennes.
« J’accuse les autorités judiciaires, le président de la
République, Michel Joseph Martelly, le Premier ministre, Garry
Conille, de complicité avec ce citoyen (inculpé) extrêmement
dangereux, Jean Claude Duvalier, en le laissant circuler
librement et se faufiler au sein de la jeunesse haïtienne », a
fulminé James Beltis.
Le
coordonnateur de la Commission Episcopale nationale Justice et
paix (JILAP), le père Jean Hansens, élève aussi sa voix pour
condamner cet acte posé par les dirigeants et l’Ecole de Droit
des Gonaïves : « Nous sommes étonnés et indignés de l’attitude
de ces futurs avocats qui devaient être des défenseurs des
droits de la personne. Est-ce une politique macabre basée sur la
carence de mémoire du peuple ou une stratégie pour faire oublier
les années tristes du régime des Duvalier ? », s’interroge-t-il.
Le Centre
Oeucuménique des droits humains (CEDH), dans une déclaration
émise au nom de la loi, de la justice, de la morale et du devoir
de protection de la jeunesse, proteste énergiquement contre ce
fait. « Que Jean-Claude Duvalier, prévenu de crimes contre
l’humanité, de détournements de fonds au préjudice de tout un
peuple, assigné à résidence sur ordre du juge d’instruction,
puisse circuler ainsi librement sur tout le territoire de la
République. Que l’on ait pu, par une provocation inqualifiable à
la mémoire des milliers de compatriotes, filles et fils d’Haïti,
choisir Jean-Claude Duvalier comme Parrain de la promotion des
futurs hommes et femmes-de-loi, de la Faculté de Droit des
Gonaïves. Le Centre Œcuménique des Droits Humains, interpelle
toutes les composantes, exécutive, législative et judiciaire de
l’État Haïtien pour qu’elles prennent leurs responsabilités afin
que Jean-Claude Duvalier cesse de narguer les victimes de ses
forfaits et que toutes les dispositions qui s’imposent soient
prises pour qu’il soit jugé conformément aux lois et aux
instruments internationaux, signés et ratifiés par Haïti. »
Une décision de
justice a été prise par la justice, le 24 mars 2011, assignant
l’ex-dictateur, Jean Claude Duvalier en résidence surveillée et
de droit ; cette décision restreint les déplacements et les
visites de celui-ci. Jean Claude Duvalier qui se veut être
au-dessus de la justice haïtienne, ne respecte pas cette
décision. Il se déplace comme bon lui semble. Il reçoit chez lui
le président de la République. Son discours à l’Ecole de droit
des Gonaïves a été publié dans les colonnes d’un quotidien de la
capitale, et dans lequel, il disait : « Heureusement pour vous,
Haïti s'engage à retrouver son âme, condition sine qua non pour
sa renaissance. Son histoire n'aurait pas de sens, si cette
quête ne se faisait au nom d'un humanisme nouveau auquel aspire
votre génération. »
Le président Michel Martelly parle souvent de l’Etat
de droit et de réconciliation. Père Jean Hansens a réagi pour
dire : « Nous prônons la réconciliation dans la vérité, la
responsabilité et la justice. » D’autres disent que l’Etat de
droit ne peut être établi en Haïti dans l’impunité. Des
centaines parmi des milliers de victimes de la dictature des
Duvalier ont déjà formellement déposé des plaintes contre Jean
Claude. Elles attendent avec impatience le procès de Jean Claude
qui avait déjà été inculpé pour des crimes économiques et
financiers. On dit souvent « la justice est une pour tous ». Et
alors, que décide la justice haïtienne, face à des milliers de
victimes qui exigent toujours que la justice leur soit rendue. |