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Haiti-Liberte

 

Edition Electronique

Vol. 8, No. 28
Du  Jan  21  au  Jan 27. 2015

Electronic Edition

Kòrdinasyon Desalin: Conférence de presse

 

 
 

Jean Claude Duvalier :
Un inculpé à l’Ecole de Droit des Gonaïves

Par Isabelle L. Papillon
 

...

Des secteurs de l’Université d’Etat d’Haïti (UEH), des organisations des droits humains tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays protestent et condamnent le comportement scandaleux et irresponsable du décanat et des étudiants finissants de l’Ecole de droit des Gonaïves, d’avoir choisi un inculpé pour détournement des fonds publics et auteur de crimes contre l’humanité, l’ex-dictateur, Jean Claude Duvalier, pour parrainer la dernière promotion sortante de cette école. Le gouvernement Martelly/Conille est accusé de l’impunité dont jouit l’ex-dictateur, Jean Claude Duvalier.

            Dans une note de protestation, le Conseil Exécutif de l’Université d’Etat d’Haïti (CEUEH) condamne énergiquement la présence de l’ancien dictateur Jean Claude comme invité d’honneur à une cérémonie de graduation d’une promotion de finissants de l’Ecole de Droit des Sciences Economiques et des Gestion (EDSEG) des Gonaïves, le 16 décembre dernier. Le recteur Jean Henry Vernet, signataire de cette note, a pointé du doigt les responsables de la direction de cette Ecole composée de : Joseph Mécène Jean Louis, Daniel Dupiton et Dieufort Dieuseul Placide. Selon lui, la direction de cette unité d’enseignement universitaire relevant de l’UEH est convoquée par devant le Conseil exécutif. « Il est tout à fait inconcevable qu’une Ecole de Droit ait cautionné la participation de ce personnage à une telle cérémonie. Cet acte, posé par les étudiants finissants et la direction de l’EDSEG est une grave offense à la philosophie, aux valeurs et idéaux gestionnaires de cette école qui relève de l’université d’Etat d’Haïti, gardienne et protectrice des libertés publiques. Vous avez choisi d’ignorer que de lourdes charges sont imputées à Monsieur Duvalier qui est inculpé par la justice haïtienne pour ses responsabilités concernant les nombreux crimes, malversations et détournements de fonds commis durant son régime » a-t-il fait remarqué.

 Le délégué des étudiants de la Faculté des Sciences humaines, James Beltis, exprime son indignation contre le choix porté sur l’auteur de multiples crimes pour être parrain de promotion. « Ces étudiants et ce décanat rentreront dans l’histoire, sous un manteau de honte et d’ignominie. Pour l’histoire, la justice et la moralité, nous devons les dénoncer. » Ainsi réagit James Beltis, étudiant de la Faculté des Sciences humaines.

            Il a poursuivi pour dire que ce qui s’est passé à l’Ecole de Droit des Gonaïves fait partie d’un vaste complot de réhabilitation de l’ex-président autoproclamé à vie, de ses sbires et tortionnaires. Il dénonce également la complicité du gouvernement Martelly/Conille dans ces manœuvres politiciennes. « J’accuse les autorités judiciaires, le président de la République, Michel Joseph Martelly, le Premier ministre, Garry Conille, de complicité avec ce citoyen (inculpé) extrêmement dangereux, Jean Claude Duvalier, en le laissant circuler librement et se faufiler au sein de la jeunesse haïtienne », a fulminé James Beltis.

            Le coordonnateur de la Commission Episcopale nationale Justice et paix (JILAP), le père Jean Hansens, élève aussi sa voix pour condamner cet acte posé par les dirigeants et l’Ecole de Droit des Gonaïves : « Nous sommes étonnés et indignés de l’attitude de ces futurs avocats qui devaient être des défenseurs des droits de la personne. Est-ce une politique macabre basée sur la carence de mémoire du peuple ou une stratégie pour faire oublier les années tristes du régime des Duvalier ? », s’interroge-t-il.

            Le Centre Oeucuménique des droits humains (CEDH), dans une déclaration émise au nom de la loi, de la justice, de la morale et du devoir de protection de la jeunesse, proteste énergiquement contre ce fait. « Que Jean-Claude Duvalier, prévenu de crimes contre l’humanité, de détournements de fonds au préjudice de tout un peuple, assigné à résidence sur ordre du juge d’instruction, puisse circuler ainsi librement sur tout le territoire de la République. Que l’on ait pu, par une provocation inqualifiable à la mémoire des milliers de compatriotes, filles et fils d’Haïti, choisir Jean-Claude Duvalier comme Parrain de la promotion des futurs hommes et femmes-de-loi, de la Faculté de Droit des Gonaïves. Le Centre Œcuménique des Droits Humains, interpelle toutes les composantes, exécutive, législative et judiciaire de l’État Haïtien pour qu’elles prennent leurs responsabilités afin que Jean-Claude Duvalier cesse de narguer les victimes de ses forfaits et que toutes les dispositions qui s’imposent soient prises pour qu’il soit jugé conformément aux lois et aux instruments internationaux, signés et ratifiés par Haïti. »

            Une décision de justice a été prise par la justice, le 24 mars 2011, assignant l’ex-dictateur, Jean Claude Duvalier en résidence surveillée et de droit ; cette décision restreint les déplacements et les visites de celui-ci. Jean Claude Duvalier qui se veut être au-dessus de la justice haïtienne, ne respecte pas cette décision. Il se déplace comme bon lui semble. Il reçoit chez lui le président de la République. Son discours à l’Ecole de droit des Gonaïves a été publié dans les colonnes d’un quotidien de la capitale, et dans lequel, il disait : « Heureusement pour vous, Haïti s'engage à retrouver son âme, condition sine qua non pour sa renaissance. Son histoire n'aurait pas de sens, si cette quête ne se faisait au nom d'un humanisme nouveau auquel aspire votre génération. »

            Le président Michel Martelly parle souvent de l’Etat de droit et de réconciliation. Père Jean Hansens a réagi pour dire : « Nous prônons la réconciliation dans la vérité, la responsabilité et la justice. » D’autres disent que l’Etat de droit ne peut être établi en Haïti dans l’impunité. Des centaines parmi des milliers de victimes de la dictature des Duvalier ont déjà formellement déposé des plaintes contre Jean Claude. Elles attendent avec impatience le procès de Jean Claude qui avait déjà été inculpé pour des crimes économiques et financiers. On dit souvent « la justice est une pour tous ». Et alors, que décide la justice haïtienne, face à des milliers de victimes qui exigent toujours que la justice leur soit rendue.
 
 
Vol. 5, No. 24 • Du 28 décembre 2011 au 3 janvier 2012
 

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