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Le vendredi 8 juillet dernier, une pétition
issue de la chambre du sénat, signée par 16 sénateurs allait au
président Martelly pour l’avertir que la candidature de
l’ex-ministre de la justice, le cruel Bernard Gousse, Premier
Ministre désigné par le Président Sweet Micky Michel Martelly,
ne serait pas agrée.
Les16 sénateurs reprochent à Bernard Gousse
d’être un bourreau directement impliqué dans des cas
d’arrestations illégales et arbitraires, de répression,
d’assassinat et de persécutions politiques, lors de son règne
ministériel sous le gouvernement de facto, inconstitutionnel de
Boniface Latortue (2004-2006).
L’une des
victimes, l’ancien ministre de l’Intérieur sous le gouvernement
de Jean Bertrand Aristide, Jocelerme Privert, signataire de la
pétition, a reçu de son bourreau un appel téléphonique, le
week-end dernier, implorant son pardon et essayant de
l’amadouer.
Les raisons
qui ont poussé Privert à mettre Goussse nu sur la place publique
tient du fait que ce dernier sans aucune gêne avait fait savoir
sur les ondes que c’est Jocelerme Privert lui-même qui avait
sollicité son arrestation pour raison de protection.
Pour
l’histoire voici le récit de l’arrestation tel que raconté par
le sénateur de l ’Inite lui-même, Jocelerme Privert: « Dans
l’après-midi du 5 avril 2004, aux environs de 4 heures, des
hommes vêtus de noir, cagoulés ont violé ma demeure. Ils ont
saccagé la maison, battu, torturé les occupants de la maison.
Même ma mère, une vieille dame âgée de 80 ans, n’avait pas
échappé aux tortures des voyous. Moi, j’avais dû me mettre à
couvert, chez un de mes amis près de l’aéroport.
Le
président Martelly a désigné Maitre Bernard Gousse qui voulait
mon intervention dans cette situation. D’abord, officiellement,
je n’étais pas au courant de la désignation. Deuxièmement,
s’agissant de mes contentieux personnels avec Bernard Gousse, je
n’ai jamais raté une occasion d’y penser. Ainsi, quel que soit
le sens de mon intervention, elle aurait une relance de
règlement de compte. Donc, je préférais quand même garder un
profil bas, par rapport à toute saga qui tourne autour de ce
personnage très controversé, désigné comme premier ministre.
J’ai été
arrêté le 6 avril 2004 à 2 heures du matin par Maitre Bernard
Gousse en personne. J’ai été conduit au Pénitencier à bord d’un
véhicule de l’ambassade de France avec Bernard Gousse en
personne.
Ma
question maintenant, c’est quoi cette vérité ? Alors Maitre
Bernard Gousse, dans certaines de ses interventions cette
semaine, a dit que les circonstances de cette arrestation sont
connues de lui-même et de Jocelerme Privert.
Effectivement, les circonstances sont connues de nous deux,
maitre Gousse et moi. Mais, là où Maître Gousse a péché, c’est
que nous ne sommes pas les deux à savoir cette vérité.
Nous
devons rappeler pour l’opinion publique : mon chauffeur, Albert
Fabien, a été kidnappé, séquestré et torturé dès 4hers de
l’après-midi du 5 avril 2004 par un escadron de la mort, avec
objectif de les diriger dans ma demeure. Après tant de
bastonnades et de sévices physiques, il a finalement cédé. A 10
heures du soir, il était obligé de conduire les assaillants chez
moi. A ce moment, j’ai dû laisser ma maison pour me réfugier
quelque part d’autre. Alors, je m’étais mis à appeler quelques
amis de façon à pouvoir définir la nature de cette opération
macabre chez moi en pleine nuit. Ce qui m’inspirait à appeler
certaines personnalités, parmi lesquelles je cite : Pierre
Espérance, Calixte Delatour, Me Camille Leblanc, et le président
de la Chambre Franco haïtienne de l’Industrie et du Commerce,
Lyonel Etienne. Celui-ci a appelé l’ambassade de France. Deux
agents diplomatiques de l’Ambassade m’ont proposé de venir me
chercher où j’étais de façon à éviter des ennuis à mes hôtes. Et
je suis sorti les rencontrer. Ils ont appelé Me Bernard Gousse.
On était au Champ de Mars. Bernard Gousse leur a demandé d’aller
l’attendre à l’aéroport International. C’était une façon
d’amadouer l’opinion publique pour lui faire croire que j’allais
laisser le pays et qu’on m’a arrêté à l’aéroport.
Nous
sommes restés à l’aéroport jusqu’à 1 :30 du matin. Ce qui
revient à dire que Me Gousse a pris 2 heures de temps pour nous
rejoindre. Il m’a dit « j’ai tenu à vous rencontrer. J’ai un
mandat d’arrêt pour vous».
Je lui
ai demandé à quel motif ? Il m’a répondu que c’est en ce qui
concerne le massacre de la Scierie. Je lui dis que je n’ai rien
à voir à ce prétendu massacre. Puis j’ai ajouté : vous avez un
mandat pour moi, il est maintenant 2hres du matin. De quoi
s’agit-il, de cet escadron de la mort qui saccage mon domicile ?
Il m’a répondu que : c’est la police.
Je lui
ai demandé comment expliquez-vous que des policiers vêtus de
noir et cagoulés peuvent-ils s’adonner à torturer ma famille et
piller ma maison ? Il m’a répondu que les policiers étaient en
possession d’une copie du mandat.
Disant
tout ceci, maitre, suis-je en état d’arrestation ? Il m’a
répondu : en principe, oui. Je lui ai demandé, si je suis
obligé de vous accompagner ce soir ? Il m’a répondu
positivement. Et c’était ma dernière conversation avec Bernard
Gousse. Comment pouvons-nous expliquer qu’un mandat d’arrêt,
émis par un juge d’instruction, se trouvant à 100km de
Port-au-Prince (Saint Marc) puisse être entre les mains d’un
ministre de la justice à 2hres du matin, pour exécution ?
Ce que
je veux dire à Gousse, c’est que tout ce témoignage fait l’objet
d’un document de 20 pages que j’ai distribué en avril 2006 à
l’ensemble des ambassades et agences accréditées en Haiti. Ce
document a été envoyé au conseil de Sécurité de l’ONU, au
secrétaire général de l’Onu Kofi Anan etc.
Donc,
en résumé, nous ne sommes pas seulement deux à être en
connaissance de cette vérité, mais bien le monde entier».
Dans quel
pays peut-on voir une telle scène, autre qu’en Haiti, que des
diplomates accrédités dans un pays procèdent à l’arrestation
d’un citoyen puis le conduisent en prison dans leur propre
véhicule de service ?
Et malgré
tout, Jocelerme Privert, en dépit de ces abus concoctés contre
sa vie et qui auraient pu causer sa mort par un ancien ministre
et deux diplomates étrangers, a trouvé assez de courage pour ne
pas les citer en justice.
Malgré ce
témoignage accablant d’un pair, le sénateur Youri Latortue et
un groupe de ses collègues, issu des formations politiques Ayiti
Annaksyon, l’Alternative et autres seraient prêts à voter en
faveur de Me Gousse si ses pièces sont conformes aux exigences
constitutionnelles estimant que la démarche des sénateurs du
groupe majoritaire « n'a aucune valeur légale ». D’ailleurs, à
quoi s’attendre d’autre de Youri Latortue, puisqu’au règne
illégal de Gérard Latortue, lui et l’ancien ministre
tortionnaire Bernard Honorat Gousse travaillaient pour le même
maître. |