Des sommets pour de plus belles promesses !
Par Hervé Jean Michel

 Le président de la République dominicaine Leonel Fernandez

De sommets en sommets, le sort d’Haiti continue à échapper de plus en plus aux mains des nationaux, pour devenir l’apanage des oligarques et des impérialistes. Mercredi 2 juin 2010 à Punta Cana, ville touristique située dans le Sud-Est de la République Dominicaine, 90 pays et institutions internationales ont participé à un sommet sur la « reconstruction d’Haiti » ou comme c’est devenu un leitmotiv pour le chef de l’Etat haïtien : « la refondation d’Haiti ».

Une délégation haïtienne patronnée par le président de la République, incluant la Commission Intérimaire pour la Reconstruction d’Haiti (CIRH) était présente à ce sommet. Ayant participé aussi : l’envoyé spécial de l’ONU pour Haiti et ancien président des Etats- Unis Bill Clinton; le président de la Banque interaméricaine de développement Luis Alberto Moreno; le secrétaire général de l’OEA, José Miguel Insulza, le chef de la mission de l’ ONU en Haiti, Edmond Mulet, le représentant de la communauté des Caraïbes, Percival J. Patterson et d’autres personnalités jouant un rôle important dans la politique mondiale.

Cette conférence, selon toute vraisemblance, a été l’oeuvre du président de la République Dominicaine qui, au fur et à mesure que la situation d’Haiti s’aggrave, voit son pays favorisé sur les plans politique et économique par une montée en puissance. Le président Fernandez à la conférence, s’est octroyé le droit d’être le « défenseur d’Haiti » et a plaidé pour un soutien budgétaire au gouvernement Préval/Bellerive. « Nous sommes ici aujourd’hui pour redire au peuple haïtien et à ses dirigeants qu’Haïti n’est pas seule, qu’elle ne le sera jamais et que nous resterons toujours à ses côtés pour contribuer, non seulement à lui permettre de se reprendre des méfaits du séisme, mais aussi des effets nocifs de l’histoire. » a-t-il déclaré tout au début de ce sommet.

Celui qui a parlé ainsi est le même président qui au cours d’une visite en Europe, à la fi n de l’année 2009, a déclaré que le président Préval est le plus effi cace gestionnaire d’Haiti parmi tous les chefs d’Etat qui ont présidé au destin de ce pays. Le même Fernandez a aussi plaidé pour le maintien de la force d’occupation la (Minustah) dans le pays. Il est clair que le président dominicain était véritablement le maître d’oeuvre, dans la mesure où le président haïtien n’est pas, véritablement, le représentant de tous les Haïtiens et aussi parce que la République Dominicaine tirera d’énormes profi ts dans une régénérescence d’Haiti.

Comme toujours des promesses ont été faites, cette fois à Punta Cana, une enveloppe de 7,8 milliards de dollars pour la reconstruction a été promise ; contrairement au sommet de New York, du 31 mars 2010, où 5.3 milliards ont été annoncés. A la préoccupante question : que faire en ce moment même où la saison cyclonique arrive et menace des milliers de sinistrés sont sans abris. La réponse est que125.000 maisons vont être construites : 47.000 par les USA, 16.000 par le Canada et 10.000 par la Croix-Rouge Internationale. Bill Clinton sur ce plan avait annoncé la couleur, le jour même de l’ouverture de la saison cyclonique : « Nous ne pouvons pas permettre que des gens meurent faute d’abris ». S’agitant autour des bailleurs ayant fait des promesses, Clinton a déclaré au sommet : « Si vous avez fait des promesses, j’espère que vous allez les respecter ». De quoi faire pouffer de rire, car Clinton lui-même, président en exercice n’a pas respecté ses promesses, quand, au moment faste du retour à l’ordre démocratique, le 15 Octobre 1994, il avait promis 28.000 kilomètres de route à Haiti, promesse qu’il n’a pas tenue jusqu’au moment où il exhorte les autres à respecter leur engagement.

Clinton n’est autre qu’un proconsul travaillant pour le compte de l’impérialisme au détriment du malheureux peuple d’Haiti. Il ne croit même pas que les prétendus bailleurs de fonds capitalistes, tiendront leur promesse de reconstruire Haiti pour les Nègres, fi ls d’esclaves. L’esprit de solidarité et de fraternité dont font preuve les pays de l’ALBA, avec le Venezuela en tête, ne peut être exprimé par les capitalistes. Le Venezuela vient d’annuler 395 millions de dollars, dette contractée dans le cadre du Petrocaribe par Haiti. Le chancelier de ce pays, ami et frère, présent à Punta Cana, Nicolás Maduro, a annoncé qu’un fonds de l’ordre de 2,6 milliards de dollars va être créée entre 2011 et 2016 pour venir en aide à Haiti.

Qui dit mieux ? L’aide octroyée par le Venezuela à Haiti est toujours effective sans aucune condition. Ce n’est pas ce genre d’aide qui détruit la personnalité du pays, qui tue sa souveraineté. Ce n’est pas cette aide liée dont parle Tibor Mendé.

Au total quarante (40) projets ont été présentés par le premier ministre haïtien, Jean Max Bellerive, qui joue aussi le rôle de co-directeur de la Commission Intérimaire de Reconstruction d’Haiti. Ces projets sont répertoriés dans les secteurs suivants : logement, emploi, électrifi cation, éducation, agriculture et renforcement institutionnel. Comme on doit le remarquer, rien n’est prévu pour un passage à l’industrialisation du pays qui, éternellement, doit demeurer à la traîne avec l’étiquette de pays agricole, sans agriculture, de pays qui se contente d’un prétendu développement avec les lois Hope1 et Hope 2, le condamnant au sousdéveloppement, à la mendicité, à la dépendance et à la tutelle.

Le secrétaire général de l’OEA, José Miguel Insulza, pour sa part a déclaré que des travaux seront entrepris pour reconstruire le registre électoral et la modernisation du vote. Une réalité que les autorités haïtiennes étaient loin de comprendre. Cette grande nécessité de reconstituer les dossiers des électeurs, qui ont vu leur carte disparaître dans la catastrophe du 12 janvier 2010, devrait être dictée à nos dirigeants, toujours prêts à recevoir des leçons qui viennent de l’étranger. Ceux qui sont morts doivent être déduits des listes électorales pour une plus saine gestion des élections qui, exigiblement, doivent avoir lieu dans le pays. Etant donné que les dirigeants actuels ne prennent rien au sérieux, s’agissant des droits de la majorité, alors ils ne visent aucune élection crédible avec la participation de tous les secteurs de la vie nationale et de toutes les organisations politiques. Ils ne font rien pour régler les choses : reconstituer le CEP décrié, n’ayant aucune confi ance de la majorité des électeurs, prendre des mesures contre l’exclusion de la majorité, eu égard à la politique générale du pays et aux élections qui doivent être participatives et inclusives.

Présent au sommet, le président Préval a fait une allocution qui ressemble à un poème épique, tellement la réalité y est absente. C’est le témoignage de quelqu’un qui, s’étant réveillé, se voit dans une salle où il doit discourir. Sans annuler la terrible loi votée par le Parlement, prolongeant son mandat présidentiel, le chef de l’Etat, sous la pression des impérialistes, s’est résigné à dire qu’il partira à date, qu’il passera le pouvoir à un président élu au suffrage universel : « Je m’engage donc à oeuvrer sans relâche à l’organisation d’élections libres et transparentes, afi n que le 7 février 2011 je transmette le fl ambeau de la refondation aux élus du peuple ». Voilà, le président Préval, qui a prouvé qu’il est incapable de concevoir et de dire la vérité, croit pouvoir convaincre le peuple que des élections honnêtes et libres se tiendront, sous son égide, pour une passation démocratique du pouvoir aux élus du peuple.

Le peuple haïtien ne pourra jamais oublier comment Préval a déchiré la constitution d’Haiti, en excluant l’Organisation politique majoritaire (Fanmi Lavalas) des joutes électorales des 19 avril et 21 juin 2009 pour le renouvellement du tiers du Sénat. L’exclusion a été la règle d’or, malgré les protestations de la majorité. Soutenu par les oligarques et les impérialistes, Préval s’est donné à coeur joie dans la nomination de « sénateurs ».

Jouant au démocrate, au leader de la « majorité », René Préval a déclaré : « J’en appelle au peuple haïtien pour qu’il se remobilise pour les prochaines compétitions électorales. Au Conseil électoral pour qu’il s’acquitte de sa tache avec compétence et impartialité. Aux partis et aux organisations politiques pour qu’ils s’engagent avec conviction, sérénité et patriotisme. A la communauté internationale enfi n pour qu’elle continue à nous accompagner dans cet exercice diffi cile. » Brusquement, à Punta Cana, « Préval est devenu un très grand démocrate, patriote conscient de ses devoirs d’Etat ».

Qui pourrait croire dans des paroles qui n’inspirent aucune confi ance ? C’est la raison qui explique pourquoi ce sont les impérialistes, pour se donner meilleure apparence, qui exigent de Préval qu’il respecte l’échéance de son mandat présidentiel et qu’il remanie le CEP. Si le peuple se bat, c’est qu’en réalité après environ cinq années de mensonge, il en a marre. Non seulement Préval ne respecte pas les droits les plus élémentaires du peuple, mais il les nie, les tue par la même occasion ! Les élections dont parle Préval, inclueront-elles l’Organisation politique majoritaire : Fanmi Lavalas ? Même s’il l’avait dit, personne ne l’aurait cru.

Etant donné que la question à l’ordre du jour aujourd’hui est de gagner des milliards, le peuple majoritaire, sera-t-il accepté comme électeur ? Si exigence est faite à Préval de partir, selon certaines organisations populaires et partis politiques, c’est que tout simplement aucune confi - ance n’a été établie pendant tout le mandat présidentiel, un mandat au cours duquel les masses ont été bafouées et vomies. De sommets en sommets, Haiti continuera à être la risée du monde, un pays totalement frappé par la pauvreté, traînant sa misère avec la main tendue pour quémander le pain de la honte et du déshonneur en faveur des inconscients, des insouciants, des richissimes d’ici et d’ailleurs, ainsi que de leurs laquais.

 

Haïti Liberté  Vol. 3 No. 47 • Du 9 au 15 juin 2010