Pourquoi la convocation de Préval à Washington ?
Par Berthony Dupont

Il n’y a rien de surprenant à ce qu’un chef d’Etat se déplace pour aller participer à un sommet. Le mois dernier, le président Préval avait été invité en Equateur au sommet de l’Unasur et à celui de l’Unité au Mexique, sans aucun doute il sera à La Dominique les 11 et 12 mars prochain pour la rencontre de la CARICOM.

En Equateur et au Mexique, le cas d’Haiti dévastée a été l’un des sujets primordiaux de l’agenda et c’est dans cet esprit que les pays de l’ALBA ont versé 100 millions de dollars d’aide au gouvernement haïtien, sans compter les autres efforts qu’ils sont appelés à effectuer dans le cadre de leur solidarité avec le peuple haïtien. Cependant, peut-on placer la convocation de Préval à Washington dans cette même perspective ? Certainement pas !

Depuis la catastrophe qui s’est abattue sur le pays, Haiti a reçu les visites de nombreux chefs d’Etat et de gouvernement mais pas celui des Etats-Unis. Comble d’ironie, en guise de la visite du président américain, c’est Préval qui, le 8 mars, tout bonnement, sans faire la moindre déclaration au peuple haïtien s’est rendu à Washington. En réalité, si selon Keen les véritables responsables du pouvoir en Haïti sont : lui, le général Keen, l’ambassadeur des Etats-Unis, Kenneth Merten, l’ambassadeur Lewis Lucke, responsable de l’aide humanitaire et de la reconstruction d’Haiti, Bill et Hillary Clinton, le président Obama n’a aucun intérêt à se rendre dans le pays. En ce sens, Préval a donc été convoqué, et quelle est la portée de cette convocation?

Personne ne sait la teneur de cette rencontre, mais le porte-parole de la Maison Blanche, Robert Gibbs, avait plus ou moins indiqué que ce sera l’occasion pour les deux chefs d’Etat de voir quel est le meilleur soutien que la Communauté Internationale peut apporter au gouvernement haïtien dans la perspective de la reconstruction du pays et d’un avenir meilleur. A ce niveau, cette convocation de Préval à Washington poursuivrait des objectifs qu’il est essentiel d’analyser pour mieux comprendre les prochaines étapes du rôle de l’impérialisme américain dans le processus de renforcer sa domination sur le pays.

Cette rencontre du 10 mars sera la première entre les deux chefs d’Etat. On se rappelle que la dernière fois que Préval est allé à Washington, il n’avait pas été reçu par Obama et il ne faut surtout pas oublier l’humiliation qu’il avait subie au sommet des Amériques à Tobago de la part du chef d’état américain.

Pour ce qui concerne les objectifs, le commandeur Obama souhaiterait que le rôle primordial joué par les Etats Unis dans le scénario à l’aide humanitaire en Haiti reste intact et qu’il permette à Washington d’avoir les coudées franches et le droit de décider y compris sur la question de la reconstruction. Un moyen aussi de neutraliser Préval et de le forcer à abandonner toute tentative progressiste, surtout ses rapports avec l’Alba et le nouveau bloc latinoaméricain et caribéen, cette alternative à l’OEA, qui vient de se former à Cancun. Dans l’esprit de Washington, il faut éliminer toute équivoque et pour cela on va faire à Préval toute une série de promesses fi nancières et mêmes politiques.

Déjà, Préval a annoncé les couleurs. En grandes pompes avant son voyage, il avait fait savoir que les deux priorités du moment « sont de se préparer pour la saison des ouragans et de rouvrir les écoles ». Il ajoutait que « l’aide alimentaire doit cesser afi n de permettre à Haïti de relancer son économie et créer des emplois ». Pourtant il n’a osé rien dire sur l’occupation d’Haiti, résultat de cette aide qu’il déconseille ! Comme on a pu le constater à sa conférence avec Hillary Clinton, le 9 mars il changeait le ton en indiquant qu’«il faut chercher une voie pour que, lorsque je quitterai la présidence, il y ait un parlement et un président élus. Le pire, c’est d’avoir un gouvernement qui n’ait pas de légitimité, qu’on entre dans une période de gouvernement provisoire. Il faut un gouvernement qui ait la légitimité populaire».» Et à Hillary de lui assurer « que les États-Unis travailleraient avec la communauté internationale pour que des élections se tiennent dès que cela sera approprié».

En somme cette convocation du chef de l’état haïtien a montré clairement comment le pays est une succursale des Etats-Unis. Cependant Préval doit reconnaître une chose : il peut entrer dans toutes les combines possibles et imaginables, et même inimaginables, avec l’impérialisme, il n’en reste pas moins vrai que le dernier mot restera au peuple haïtien.

 

Haïti Liberté   Vol. 3 No. 34 • Du 10 au 16 mars 2010