Haiti Liberte: Hebdomadaire Haitien / Haitian weekly

g

Home :: Archives :: Ad Rates / Tarifs Publicitaires :: Subscription / Abonnement :: Info :: Contact

Haiti Liberte: Hebdomadaire Haitien / Haitian weekly

Edition Electronique

Vol. 5, No. 29
Du 1 au 7 Février 2012

User Login

Email Address

Password

 

Haitiliberte
Patrick Elie maladroitement à la rescousse de Martelly Décrépitude politique ou malin faufilage ?
Par: Fanfan La Tulipe

Patrick Elie ...

Disons d’entrée de jeu que ma rubrique de cette semaine ne se veut nullement polémique. Elle tient seulement à faire le point sur un texte paru dans l’édition du 24 janvier 2012 de la revue Mondialisation.ca. et qui nous a choqué. C’est Patrick Elie, ancien secrétaire d’État à la Sécurité publique (1994-1995) sous l’ex-président Jean-Bertrand Aristide qui en est l’auteur. Il s’est permis de le présenter sous le titre scandaleux et fumeux: «HAÏTI: La nationalité du président Martelly - scandale ou écran de fumée?». Sous la plume d’un thuriféraire du régime ou de l’un de ses nervis, tel un Roro Nelson, on ne serait pas du tout étonné, mais de la part d’un militant réputé progressiste, on reste choqué. Je suis certain que la radio Signal FM serait heureuse de s’en servir comme éditorial et Madame Nancy Roc a dû déjà s’en gargariser sur les ondes de Radio Métropole. Une affaire de classe, a-t-on l’impression, mais que l’on ne devrait pas classer trop hâtivement.

C’est la première fois dans l’histoire de notre pays, dans l’histoire tumultueuse des pays frères latino-américains qu’un chef d’Etat (mal) élu, en l’occurrence Joseph Michel Martelly, se trouve accusé, publiquement et nommément, par un sénateur de la république d’être détenteur d’une triple nationalité. Il n’y a pas que le président à être accusé, il y a aussi certains de ses ministres. Il est évident que de telles allégations mettent en cause la crédibilité et l’avenir politique de Jean-Charles. On peut présumer que le sénateur ne peut avoir parlé ni agi à la légère. On ne peut donc que l’attendre avec ses preuves. D’ailleurs, la commission sénatoriale chargée d’enquêter sur la question dit déjà détenir des preuves en ce qu’il s’agit de deux membres du cabinet de Martelly : un ministre et une…ministresse, maîtresse dame aussi odasyèz que son président.

Plutôt que de se pencher calmement sur la véracité possible des déclarations de Jean-Charles, Patrick Elie a préféré ruer dans les brancards, un peu comme ces chevaux (et cela remonte au XVe siècle) qui, lorsque pliés sous la charge de leurs brancards, ces longs morceaux de bois prolongeant vers l’avant les voitures tirées par des chevaux, se rebiffaient, se rebellaient, se révoltaient, renâclaient, regimbaient, protestaient, décochaient des ruades, se cabraient, ruaient dans les brancards quand ils n’étaient pas satisfaits de leur traitement, quand ils ne recevaient pas leur pitance. Et c’est là justement que le brancard gêne. Patience mon Patrick, tiens bon. Martelly a plein de commissions bidon dans ses manches. Comme disent les Canadiens : agite toué pas. Ne t’agite pas. Zòt ap vin sou ou. Donc, plutôt que de se montrer serein face à une situation, déjà abracadabrante depuis le premier tour des élections de novembre 2011, Patrick Elie a trouvé que «la question de la nationalité [de Martelly], un Italo-Américain…est le plus récent scandale sorti du chapeau de nos politiciens et directeurs d'opinion». Encore que ce propos maladroit vis-à-vis de nos politiciens (véreux, vaseux, limoneux, marécageux, pour la plupart) puisse passer, mais pour les directeurs d’opinion, un peu de respect, Patrick Elie. Après l’Agésilas, Hélas ! après l’Attila, holà ! Après avoir téqué les politiciens, il ne fallait pas diriger votre scandaleux boulpik sur les directeurs d’opinion. Ils font leur travail, les Marvel Dandin, Liliane Pierre-Paul, Jean Monard Métellus et les autres. Ah non, ils vont se fâcher ces chelèn des médias haïtiens.

«…scandale sorti…pour nous hypnotiser». Alors là, je me fâche Patrick Elie, des directeurs d’opinion aussi, car nous n’avons jamais été «hypnotisés» par les tours de passe-passe de Préval qui a embobiné bon nombre de naïfs, de gogos, de gobe-mouches, de petits profiteurs ou de petits copains attirés par l’odeur du fricot et du fric présidentiels dans de fumeuses, brumeuses, nuageuses, nébuleuses, vaporeuses commissions bidon dont on ne sait jusqu’à présent combien elles ont coûté au contribuable et à combien s’élevait (ou s’élève encore) le salaire des commissionnaires. Commissions qui n’ont débouché sur rien sauf sur le pognon que tout le monde a allègrement empoché, sans jamais «s’excuser» auprès du public d’avoir mené beau train de vie sur la tête des commissions et des contribuables.

Parlant du campus de Limonade, Patrick Elie poursuit : «Un cadeau s'accepte avec élégance et gratitude, puis s'utilise avec efficacité. En aucun cas, il ne saurait servir de “casus belli” entre deux peuples…». Est-ce vraiment un cadeau ? Pourrait-il être un cadeau empoisonné ? Comment peut-il être un «cadeau» quand nos compatriotes sont régulièrement victimes en République dominicaine de la hargne, de la vindicte, de la violence de nos voisins, à la barbe même des dirigeants dominicains si ce n’est avec leur complicité ? Jamais je n’ai entendu de directeurs d’opinions, de journalistes haïtiens faire de ce «cadeau» un «casus belli».

Au hasard, je feuillette la presse haïtienne. En date du 16 janvier, Radio Kiskeya titrait : «Le geste dominicain : les élites dirigeantes haïtiennes au pied du mur !». Un colloque s'est tenu sur le campus le vendredi 13 janvier 2012. Le thème : « Construire une université haïtienne pour une nation haïtienne de bien-être et de prospérité », a écrit Valéry Daudier du Nouvelliste. Georgemain PROPHÈTE un ancien Délégué du Gouvernement dans le Département du Nord rapporte : «il y a un processus historique presqu’irréversible qui se dessine pour la région du Grand Nord : l’inauguration du Campus Universitaire de Limonade ce 12 janvier 2012, l’inauguration prochaine et la mise en service du Parc industriel de Caracol…etc…sont autant d’avancées significatives pour relancer durablement la Région du Nord au bénéfice de ses populations. Ce processus de développement mérite d’être accompagné, non d’être bloqué au nom d’intérêts mesquins et inavoués».

Fritz Jean, l'ancien gouverneur de la Banque centrale, rapporté par l'agence en ligne Alterpresse, s’est borné à mentionner un «cadeau de la honte de la part de la République dominicaine (considérant les relations passées entre les deux pays)». Il n’est pas le seul à l’avoir dit. Pour sa part le maire de la commune de Limonade, Jean Delavoix Manguira a eu à dire : « Nous ne savons quels mots nous devons utiliser pour traduire nos sentiments de gratitude à l’endroit de Son excellence le Dr Leonel Fernández qui nous a donné ce campus universitaire, foyer de [l’instruction], de la science et de la connaissance».

Daly Valet, dans Le Matin, écrit : «Toute honte bue, il y a lieu, malgré tout, de dire merci au bienfaiteur dominicain. À l'ami Leonel !». Alors, qui parle de «casus belli», sauf Patrick Elie, qui doit avoir en tête l’incident relatif à l'écriteau et la photo de Juan Bosch enlevés sur l’un des édifices du «cadeau» et qui a donné lieu à un tollé du côté de certains Dominicains. Le côté haïtien n’est toutefois pas en cause, car selon Edwin Paraison :« Ils ont été retirés, avec l'accord de la présidence dominicaine, suite à la conversation entre l'ambassadeur Silié et des sénateurs haïtiens de la région du Nord, le jour précédant l'inauguration» (Le Nouvelliste, 26 janvier). Elie ne devrait pas laisser la moutarde d’un fantasme guerrier lui monter au nez. Du calme, Patrick.

Patrick Elie parle de «nationalisme aussi sélectif qu'exacerbé [qui] ne s'exerce que contre les “petits pays” les plus proches de nous». Est-ce que Cuba, est-ce que les pays de la CARICOM avec qui nous avons de très bonnes relations sont parmi ces «petits pays»? Elie poursuit imperturbable :« Nos ténors nationalistes sont remarquablement silencieux devant les cadeaux de l'Espagne, de la France et des États-Unis, trois pays qui nous ont pourtant causé le plus de torts». Il aurait pu citer le nom de quelques-uns de ces ténors et ne pas donner dans le vague, dans le plon gaye.

Et puis, quels «cadeaux» nous ont déjà faits ces trois pays, particulièrement les Etats-Unis ? La Gendarmerie d’Haïti ? Les pressions pour porter l’indigène de service Jean Claude Duvalier à exterminer nos cochons créoles ? Les milliers d’ONG qui sillonnent le pays et ne font que gaspiller les dons reçus de l’étranger ? Les «bienfaits» de l’USAID ? Des bourses d’études pour renforcer le camp de maints intellectuels aux tendances européocentriques ? L’ingérence flagrante de ces pays lors des coups d’Etat de 1991 et de 2004 ? Non, Patrick Elie, nous sommes là bien loin de la coopération fraternelle, sur une base internationaliste, de Cuba et du Venezuela.

Patrick Elie raconte qu’il se sent «très mal à l’aise face à une nationalité basée sur le sang». Dans le cas bien précis de Martelly (dont le nom du reste n’a jamais été cité dans le corpus de l’article de Patrick Elie), ce n’est pas de cela qu’il s’agit. Il s’agit du comportement frauduleux présumé d’un type qui a opté pour une nationalité étrangère et qui s’est présenté pourtant devant le CEP, devant la nation, comme un Haïtien «n’ayant jamais renoncé à sa nationalité». Et bien sûr tous les gens concernés par la res publica doivent pouvoir s’intéresser à cette question à l’origine d’un grand malaise national, juridique, éthique et moral. Dommage que ce soit le cadet des soucis de Patrick Elie.

Selon l’anthropologue-paléontologue-paléoécologue-tolalitologue Patrick Elie, «il n'y a pas de races humaines, seulement une espèce de bipèdes assez étranges, tous également doués pour le langage et la connerie». Ah non, mon Patrick, pale pou oumenm. Si dans le temps, comme à Washington par exemple, l’étrange bipède que vous êtes a fait des conneries, et pas des moindres, il ne faut pas assimiler tous les autres à votre bipèderie. Vous avez dû côtoyer pas mal de ces cons dans les couloirs présidentiels sous Préval. Et ce sont peut-être ces mêmes bipèdes, tels Thierry Mayard Paul, Laurent Lamothe, RoroTi Bobo Nelson qui dans l’actuelle ménagerie martellyste vous donnent des bwa long à tenir et ne vous laissent peut-être pas approcher leur président. En fait, sans le vouloir vous avez bien décrit Martelly :« ni un mulet, ni un mulâtre, ni un mutant mais tout simplement un [couillon], avec la même impressionnante capacité pour la communication et la connerie».

Après avoir longtemps hurlé avec les loups des différentes commissions créées par Préval, Patrick Elie «hurle en silence, chaque fois que j'entends insulter Toussaint Louverture, en l'affublant du titre de “Génie de la Race”, ou Dessalines de “Défenseur de la Race”». Personne n’a jamais «affublé» Louverture du titre de “Génie de la Race”. A bien considérer son parcours, oui il est le génie d’une race qu’un certain Gobineau dans son «Essai sur l'inégalité des races humaines» a assimilé à une race inférieure. Et l’on sait la monumentale réponse faite à ce comte raciste, en 1885, par Firmin, dans son célèbre ouvrage «De l’égalité des races humaines». D’ailleurs, c’est Louverture lui-même qui en écrivant à Bonaparte s’adressait «Du Premier des Noirs au Premier des Blancs».

Quant à Dessalines, lui seul savait la profondeur et la douleur des cicatrices que lui avaient infligées le régime colonial. A la Crête-à-Pierrot, à Vertières, Dessalines défendait avant tout une race meurtrie jusqu’aux os, délabrée jusque dans ses assises psychologiques. L’Indépendance acquise, c’est alors que Dessalines fera de la liberté un étendard universel, liberté qu’il aura voulue pour toutes les races et pas seulement pour la race noire. Et puis, entendons-nous, Patrick Elie, si l’on met côte à côte un blond norvégien, un sénégalais et un thaïlandais, sa yo ye ? Ne sont-ce pas trois races egalego, nasyonal nasyono ? Ne sont-ce pas trois êtres de la race humaine ? Gade non, Patrick Elie, pran san w monchè.

«Que pas un des héros de l'Indépendance n'était “Haïtien d'origine”; ni Makandal, ni Pétion, Toussaint ou Dessalines» prouve quoi ? Pas plus que Jefferson, Washington, Madison n’étaient «américains d’origine». Mais quand les deux nations ont été établies à la suite de deux révolutions, il y a eu des constitutions, des lois qui stipulaient les conduites à tenir. Ainsi, pour être président des Etats-Unis la Constitution requiert que le postulant soit un citoyen américain, né au Etats-Unis. C’est pourquoi ni «Henry Kissinger, né en Allemagne; Zbigniew Brzezinski le Polonais et Madeleine Albright native de la Tchécoslovaquie» ne pourront jamais être président des Etats-Unis, malgré leurs grands talents politiques.

De même, la Constitution haïtienne de 1987 (même imparfaite) requiert que pour être président d’Haïti, il faut être Haïtien d’origine et n’avoir jamais renoncé à sa nationalité. Dura lex, sed lex. Patrick Elie a-t-il la mémoire aussi courte ? Jusqu’à récemment, il y a eu tout un secteur réactionnaire, raciste qui réclamait du président Obama qu’il prouve sa nationalité américaine. Et Obama a dû, à son corps défendant, faire diffuser largement dans les médias son acte de naissance. Que le sénateur Moïse Jean-Charles détienne ou non la preuve de la triple nationalité de Martelly, c’est à ce dernier qu’il appartient de faire la lumière sur sa vraie nationalité et couper court au « plus récent scandale sorti du chapeau de nos politiciens et directeurs d'opinion».

Plutôt que de se mouiller, de prendre position dans la controverse déclenchée par «la bombe» lâchée par Jean-Charles, Patrick Elie préfère noyer le poisson de la triple citoyenneté présumée de Martelly dans les eaux troubles de considérations qui n’ont rien à voir avec la vérité sur la vraie nationalité de Martelly et sur la possibilité d’avoir un imposteur au timon de l’Etat: Michaël Jean devenue Gouverneur général du Canada; «la nationalité fondée sur le sang» ; «la Constitution de 1987 [qui] est un tissu d'incohérences et d'incongruités, élaboré par une dictature militaire, surtout préoccupée de garantir les privilèges de la soldatesque», ce qui est plutôt faux ; «le nationalisme est une revendication tonitruante et souvent creuse», oui, A bas Firmin ! A bas Killick ! A bas Rosalvo Bobo ! A bas Péralte !

De guerre lasse, Patrick Elie épuisé par tant de creuse gymnastique intellectuelle, naturelle à ces «bipèdes assez étranges, tous également doués pour le langage et la connerie» a eu fini par jeter le masque : «Pour ma part, je n'aurais aucun problème à être dirigé par un Chef de l'État serbo-croate, pourvu qu'il ait démontré, hors de tout doute, son engagement pour la démocratie et le progrès en Haïti. Un patriote en somme». Traduisez : un «italo-américain», Martelly, engagé pour la démocratie et le progrès en Haïti. Pourquoi ne pas le dire tout haut et carrément ? Le président finira bien par faire appel à vous, il a bien le don de la communication, des gros mots sales et de la connerie. Franchement, la bourgeoisie et cette frange des classes moyennes à sa traîne sont incorrigibles. Elles défendront leur classe bec et ongles, au risque même de donner dans l’absurde. Etranges bipèdes !

Finalement, c’est encore Jacques Roumain qui a raison : «Il faut examiner avec l’attention scientifique de l’entomologiste, les individus qui inventent des prétextes moraux pour entrer, par la porte de la cuisine, dans le camp des ennemis du peuple. C’est alors qu’on découvre le lamentable insecte petit bourgeois paralysé par l’angoisse abjecte, qui se réfugie dans …la liberté de l’esprit parce que le mouvement inexorable de l’histoire menace les intérêts de classe de ses patrons qui ont porté la production mentale au niveau d’un article de magasin».

Posted on:2/4/2012
Vol. 5, No. 29 • Du 1er au 7 Février 2012

 
 
 

Home | Archives | Ads/Publicites | Contact Us

 

Copyright © 2009 Haiti Liberte. All rights reserved
Site Design and Hosted by:All in One Office, LLC