A l'heure où les unités de combats
quittent le pays, des audits évoquent
les chantiers inachevés par les
Américains.
Ce mardi, les derniers combattants
américains quittent l'Irak. Reste
un effectif de conseil et de formation.
Barack Obama prononcera ce soir un
discours destiné à marquer le passage
symbolique sous la barre de 50)000
hommes, une promesse faite il y a
plusieurs mois. La presse américaine,
elle, s’empare de l’occasion pour
dresser des bilans, dont celui des milliards
gaspillés.
Selon l’inspection générale
spéciale pour la reconstruction en
Irak (Sigir), 5 milliards de dollars se
sont envolés depuis 2004, soit environ
10% des 53,7 milliards dépensés
pour rebâtir l'Etat. L'estimation,
véhiculée ces derniers jours par les
médias d'outre-Atlantique, découle
de l'analyse de plus de 300 audits du
Sigir, organisme de contrôle créé par
le Congrès américain.
Les exemples de ratages sont
édifi ants. A Khan Bani Sadr, au nord
de Bagdad, se dresse une gigantesque
prison, fl anquée de miradors et
de murs géants. Conçu pour détenir
3600 individus, l'édifi ce est vide. La
Maison-Blanche en avait confi é la
construction à l'entreprise Parsons
début 2004, mais elle a fi nalement
abandonné le projet en juin 2007,
invoquant des problèmes de sécurité.
Le projet a été remis au Ministère
irakien de la justice, qui n'en a rien
fait. Stuart Bowen, directeur du Sigir,
considère ainsi que « 40 millions de
dollars ont été gâchés dans le désert
».
Clinique sans escaliers
A Bassorah, c'est un hôpital pédiatrique
qui devrait ouvrir ses portes
depuis 2005. A Fallouja, une station
d'épuration livrée avec quatre ans de
retard et qui a coûté trois fois plus
que prévu. A Diyala, au nord-est de
la capitale, la directrice du Comité de
reconstruction et de développement
évoque une clinique livrée sans escaliers
ou une fabrique de miel prestement
construite cette fois, alors que
l'urgence était à l'éducation. Des centaines
de projets ont été stoppés ou
restent inachevés. Domaine symbolique
s'il en est, le raccordement en eau
courante et électricité reste une douce
utopie pour la majorité des Irakiens,
malgré les milliards investis.
Des problèmes sécuritaires sont
avancés pour expliquer le blocage
des travaux ou leur renchérissement.
Le manque de coordination avec les
Irakiens est également mis en cause.
« Les violences jouent un rôle mais
elles ne sont pas le seul facteur, estime
Hasni Abidi, directeur du Centre
d'études et de recherche sur le
monde arabe et méditerranéen, à
Genève. La corruption a détourné
des milliards d'aide à la reconstruction.
Le manque de savoir-faire local
entraîne également retards et
dysfonctionnements. Les inspecteurs
n'ont aucune notion de travaux publics,
les appels d'offres n'ont pas lieu
puisque les chantiers sont alloués
aux entreprises amies... Le pays ne
tient aucune comptabilité transparente
; l'Irak regorge d'argent et tout
circule en cash. » Pour autant, le Sigir
pointe quelques succès : des centaines
de commissariats ont notamment
été achevés.
Le Temps 31 août 2010