Personne, absolument personne ne
veut entendre parler de ce candidat
sorti de nulle part ou du moins
du chapeau de celui qui se prend pour
le roi d'Haïti. Ce candidat se nomme
Jude Célestin. La veille, au soir de la
fermeture des inscriptions des candidats
au Conseil Electoral Provisoire
(CEP), il était encore Directeur général
du Centre National des Equipements
(CNE), l'un des plus grands
centres d'équipements de travaux
publics des Caraïbes. Sans scrupule
aucun, mais aussi en violation totale
des énoncés de la loi fondamentale, il
a accepté comme si tout le pays était
à sa dévotion pour se porter candidat
à la présidence de la République, sans
même avoir la décence de démissionner
de son poste comme l'exige la
Constitution.
En fait, le premier responsable
de cette complaisance, par rapport
à la loi se nomme, lui, René Garcia
Préval, président de la République
en 2006 dans les conditions que
l'on sait. Jamais on aurait imaginé
que M. Préval allait ramener le pouvoir
exécutif haïtien à ce niveau de
caniveau, transformant les institutions
et les administrations publiques
du pays en marchepieds afin
d'imposer ses désiderata personnels à
la manière d'un monarque non éclairé
mais avide de pouvoir personnel. Selon
toute vraisemblance, Jude Célestin
serait, selon la rumeur, le beau-fi ls du
roi fainéant du Palais National. L'idée
de devenir Président de la République
ne venait pas de lui, ce serait la volonté
uniquement de M. Préval de
l'imposer comme son dauphin.
Toutes les histoires racontées
çà et là à propos des tractations entre
les obscurs sénateurs et autres insignifi
ants députés pour barrer la route
à l'autre postulant de Inité, la Plateforme
politique présidentielle, ne seraient
que de la paille aux yeux. Tout
n'était que des manoeuvres dilatoires,
histoire de tromper les non initiés à
la politicaillerie haïtienne. Mais contrairement
à ce que pense le chef de
l'Etat, les Haïtiens ne sont pas des idiots
et loin d'être des imbéciles. Et l'on
veut pour preuve, malgré ces deux
semaines passées après l'annonce de
la candidature de cet inconnu au nom
de Inité, la mayonnaise ne prend pas
dans le pays.
Mieux, celui même qui se prend
pour le mentor de la République commence
à se douter. Comprenant son
erreur et, comme à son habitude, il
s'emploie à dire à ses interlocuteurs
qu'il ne demande à personne de voter
pour un mauvais candidat. Bref, cette
candidature considérée depuis le début
comme un véritable scandale et
qui a mis à nu le système Préval et
le Groupe de Bourdon devient de plus
en plus un vrai boulet pour le Président
de la République. Personne ne
veut cautionner une telle plaisanterie
de mauvais goût.
Les organisations populaires,
ces fameuses OP sans lesquelles,
paraît-il, il n'y a point d'élections au
sein de la République, refusent, elles
aussi, de soutenir ce candidat encombrant.
Il y a une semaine, le Président
avait convoqué tout ce beau
monde en vue de leur proposer monts
et merveilles afi n de les rallier à sa
cause et à fortiori à la cause de son
poulain Jude. Mais là encore, selon
des témoins, le chef de l'Etat a eu le
plus grand mal à calmer les esprits de
ses amis OP. La quasi totalité des invités
a juré fi délité à l'ancien Premier
ministre désigné puis recalé au profi t
du protégé du tout puissant qui est au
Palais National.
Autre mauvais coup pour
le candidat du Palais, non seulement
il est rejeté par la majorité de
la population parce qu'il est, à juste
titre, le candidat du Parti Inité, mais
Jude Célestin n'est pas le bienvenu
auprès des élus locaux sortants. La
semaine dernière, sur convocation
de la Présidence, tous les Magistrats
(Maires) des départements du Centre,
de l'Artibonite et du Nord se sont rendus
dans la capitale pour y rencontrer
le chef de l'Etat. Ce jour-là, des
promesses mirobolantes ont été faites
à ces Maires dans le but précis de faciliter
la campagne de Jude Célestin
qui, jusqu'à aujourd'hui, reste muet
comme une carpe. Alors que tous les
autres prétendants commencent à se
faire entendre.
Le lendemain de la rencontre
avec le Président de la République
au Palais, les mêmes Maires se sont
tous rendus auprès de l'ancien candidat
de Inité pour faire un compterendu
détaillé de ce qui a été dit et
proposé, une façon de marquer leur
attachement à la candidature de celui-
ci contre Jude Célestin. Dénoncé
au départ, ensuite contesté et enfi n
ignoré, le candidat de la Plateforme
Inité a décidément du plomb dans
l'aile. Il devient évident pour tout le
monde, y compris pour ceux qui, au
début, croyaient que la population,
avec le temps, pouvait avaler cette
pilule amère, que Jude Célestin est
un candidat trop encombrant pour
la présidence. Et fi nalement, elle ne
pourrait rien faire pour lui.
Alors, les rumeurs vont bon
train. Certains commencent à dire que
Jude n'est pas vraiment le candidat
du Président Préval. Pour d'autres, le
Palais aurait trois, voire quatre candidats
dans la course à la succession.
Une chose est sûre, s'il y a un candidat
à la présidence de la République,
ayant le plus de handicaps à sortir du
bois, c'est bien Jude Célestin, héritier
d'un fardeau dénommé Inité dont il
doit défendre contre vents et marrés
le bilan auprès d'un électorat dont
l'hostilité envers le pouvoir et son
chef devient célèbre. Certes, la campagne
offi cielle n'a pas démarré encore.
Pour le moment, les candidats
se mettent en position de marche et
tâtent le terrain pour vérifi er leur popularité
auprès de la population.
Avec l'éviction de Wyclef Jean
de la course à la présidence pour
cause de résidence, en tout cas, c'est
ce qu'a avancé le Conseil Electoral
Provisoire, le jeu devient plus ouvert.
Après avoir focalisé pendant deux
semaines tous les regards sur lui, et
même après avoir été prendre le café
chez le chef de l'Etat et parlé au téléphone
à la demande de M. Préval
avec Jude Célestin, il a fi ni par comprendre
qu'être pop star n'a rien de
commun avec la fonction de Président
de la République. Son « Carnet » en
poche, il est rentré chez lui aux Etats
Unis deux jours après, reprenant ce
qu'il sait faire le mieux : chanter.
En deux temps trois mouvements,
il a raconté en chanson et
en musique sa mésaventure dans
la course à la magistrature suprême
et ses relations avec son ami René.
Du travail de Pro. D'ailleurs, certains
se demandaient, ce que Wyclef avait
été faire dans ce « merdier » ? En
tout cas, c'est un grand ouf de soulagement
pour d'autres qui remercient
encore le ciel que le CEP puisse
au moins avoir le courage de dire à
Wyclef que sa place est derrière son
micro, dans une salle de spectacle et
sur un podium, ce qu'il fait très bien,
certainement pas derrière un bureau
en tant que Président de la République.
L'épisode gran-guignolesque
étant terminé, l'on peut revenir à
ce qui nous attend le 28 novembre
prochain. Et personne ne sait ce que
compte faire le Monarque qui règne
au Palais National. Pense-t-il toujours
que son dauphin Jude Célestin
peut lui succéder le 7 février 2011
coûte que coûte ? Ou va-t-il laisser
le peuple souverain choisir librement
celui ou celle qu'il estime être le plus
âpte à le diriger ? En tout cas, s'il y a
un Président qui connaît le mieux ce
que « vox populi » veut dire en Haïti,
c'est bien ce Président.
Certains candidats le conseillent,
d'ailleurs, de méditer sur le rapport de
force qui l'a conduit à la présidence
de la République lors du vote du 7
février 2006. Il doit se rappeler certainement
de la baignade populaire
de l'hôtel Montana en présence de
Mgr Desmond Tutu au moment où
les mauvais perdants pensaient pouvoir
lui ravir la victoire. Que le Président
réfl échisse à deux fois avant de
se lancer en faveur de son chouchou
Jude dans une aventure de ce genre.
Le peuple aujourd'hui est contre lui,
par conséquent contre son candidat
Jude Célestin. Nous sommes loin, très
loin de la faveur populaire d'il y a cinq
ans. Aujourd'hui M. le Président, il y
a des électeurs, beaucoup d'électeurs
sous les tentes.